Découverte d’une bibliothèque spécialisée : la bibliothèque alsatique du Crédit Mutuel de Strasbourg

C’est bien pour visiter une exposition, et non pour prétendre à un prêt que les élèves du Master Édition de Strasbourg se sont présentés ce Mardi 19 Février 2013 aux portes du Crédit Mutuel du Wacken, à Strasbourg.

La bibliothèque alsatique du Crédit Mutuel est un endroit consacré aux écrits littéraires et scientifiques traitant de l’Alsace. Sa collection, privée de par son appartenance à un établissement bancaire, est un patrimoine livresque unique, qui par ailleurs reste accessible au public.

L’histoire de cette bibliothèque spécialisée fait écho à celle du fonds patrimonial de Strasbourg ( situé à la salle du Patrimoine de la médiathèque André Malraux). Au XIXème siècle, l’Alsace renfermait en effet derrière les portes d’une ancienne église dominicaine rue du Temple Neuf de Strasbourg un fonds patrimonial littéraire extrêmement riche. Fort de 400 000 écrits issus de donations de notables, d’auteurs, d’imprimeurs/éditeurs (les fonctions étant à l’époque regroupées en un seul métier) ou de confiscations opérées par le Clergé, l’Alsace n’avait pas à rougir de ses collections; dont on disait que Paris même en était jalouse. Ce fonds patrimonial comptait également des incunables d’une grande valeur, tel que l’Hortus délicarum, une encyclopédie religieuse illustrée créée au Mont Saint Odile même.

Lorsque le 19 juillet 1870, à la suite des bombardements de la guerre Franco-Prussienne, un incendie se déclare et ravage le fonds patrimonial d’Alsace, c’est un véritable drame pour la culture régionale. De cet incident naquit pourtant une solidarité mémorable puisque de nombreux comités de soutien à la reconstruction de la bibliothèque de Strasbourg apparurent, et de généreuses donations lui furent faites. Ainsi Séléstat et Colmar, mais aussi la ville de Zurich avec qui Strasbourg était très liée, nourrirent de nombreux incunables le nouveau fonds patrimonial strasbourgeois, dont certains fameux, comme des originaux d’Érasme. D’autre part, ce fut également l’occasion pour les intellectuels de redonner une impulsion à l’écriture régionale, multipliant les publications des éditeurs alsaciens de l’époque. Cette vague d’écrits régionaux fut alors reconnue sous le nom d’alsatique, terminologie créée au XIXème siècle, et qui définit tout document littéraire ou scientifique rédigé en Alsace, peu importe son sujet.

La bibliothèque alsatique du Crédit Mutuel regroupe quelque 41 000 volumes, et continue d’enrichir son fonds régulièrement, par des ouvrages historiques comme contemporains. A l’origine de ce fonds, un bibliophile passionné, Antoine Gardner, qui passa sa vie à arpenter la région en quête d’ouvrages cachés, refusa de voir ses 4000 ouvrages dispersés à sa mort et les confia en 1972 au Crédit Mutuel, alors acteur culturel de la vie régionale. Fleurissant au cours des années, la collection se trouva à l’étroit dans les locaux qu’elles occupait jadis, et c’est en 1980 que celle-ci fut déplacée au siège même du Crédit Mutuel au numéro 34 du Wacken de Strasbourg.

C’est dans ces même locaux que nous avons donc eu le plaisir de visiter l’exposition LIBER HERBARIUS : entre connaissance et imaginaire, en compagnie de la conservatrice du fonds, Madame Christine Esch. De novembre 2012 à mars 2013, cette exposition présente une sélection du patrimoine faites sur sept siècles d’écrits alsatiques. Ceux-ci portent sur la botanique et l’idée, souvent originale et amusante que les contemporains du Moyen-Âge jusqu’au XIXème, ont pu s’en faire. Cette exposition invite donc le public à l’initiation d’une autre culture, celle de nos ancêtres, mais aussi à l’initiation d’autres objets, d’antan, tels que des manuscrits avec fermoirs pour chasser la poussière et l’humidité, des reliures magnifiquement ouvragées, ou encore des illustrations gravées…

C’est donc à travers ce panel d’écrits alsatiques que le Master Édition eu le plaisir de redécouvrir le livre, pour l’aborder de façon moins usuelle, mais par une perspective plus historique, régionale et quelque peu révérencieuse. La surprise reste pour nous cet endroit quelque peu insolite où élire domicile, mais après réflexion, cela s’avère plutôt encourageant, puisque si les banques sont prêtes à mécéner des bibliothèques régionales, c’est que la culture à encore beaucoup d’avenir devant elle.

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