Karoo : haine et empathie


couverture karoo
Karoo, Steve Tesich

(Ecrit en 1998, publié en France en 2012)

Prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points en 2014

Aussi touchant qu’insupportable, le personnage de Saul Karoo nous emmène dans les bas-fonds de la condition humaine, aux confins de l’inconscient, là où la fiction dépasse bien souvent la réalité. C’est avec un certain mépris que nous plongeons dans les abîmes de la vie de Saul Karoo, homme de cinéma connu pour redonner vie à des scénarios alors même que sa propre vie n’est qu’angoisse, mensonge et dépravation. S’imaginant tel un Ulysse noyé par sa culpabilité, errant au milieu de la galaxie, il cherchera désespérément un Dieu créateur qui le libèrera de ses tourments. Névrosé, insensible à l’alcool qui emplit son corps et ne supportant plus la compagnie des membres de sa famille, Karoo sombrera petit à petit dans une spirale infernale en recherche constante d’un bonheur relatif.

Prêt à tout pour redorer son blason, il part retrouver la mère biologique de son fils Billy. Sous le charme de la jeune femme, il fera d’elle une future star du grand écran et tentera de réunir mère et fils. Vaine tentative, puisqu’il sera responsable de leur mort et l’acteur de sa propre chute.

Tesich nous offre un témoignage poignant sur la question de l’adoption, de la mort, du pouvoir et pose le problème de la place de l’homme au sein de la société. Jouant avec nos sentiments, tantôt méprisants tantôt empathiques, il nous transporte vers une réflexion presque philosophique à certains égards. Savant mélange de surréalisme et d’humour noir, ce livre nous confronte à une réalité sans foi ni loi où l’homme ne fait que subir son destin.

Le mystère Karoo

La mort soudaine de Steve Tesich (né Stojan Tešić) en 1996, a contribué au renforcement du mystère de son œuvre, publié post mortem. Le doute plane sur l’origine du personnage principal Saul, qui semble porter les mêmes stigmates que son créateur serbo-américain. Tous deux scénaristes, certains critiques affirment que Karoo ne serait autre que le reflet de l’auteur lui-même. Le lecteur se retrouve alors confesseur de Steve Tesich lors d’une sorte d’extrême onction. La question restera malheureusement sans réponse et donc l’interprétation libre.

Tesich nous laisse un chef d’œuvre de complexité aussi bien dans son contenu que dans sa diffusion. Mais il reste sans nul doute le témoignage d’une souffrance intérieure et d’une réflexion destructrice.

Rédigé par Louise Flanet

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