Powell’s City of Books : une perle rare

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Powell’s Books in all its modest majesty, on the corner of West Burnside Street and 10th Avenue in downtown Portland, Oregon (USA). Photo by Cacophany / CC BY 3.0
Powell’s Books dans sa modeste splendeur, au coin de West Burnside Street et de 10 avenue dans le centre de Portland, Oregon (États-Unis). Photo by Cacophany / CC BY 3.0

Portland, comme tout l’Ouest de l’Oregon, est connu pour ses hivers humides, où les mois s’écoulent lentement sans que le soleil ne daigne montrer le bout de son nez. Ces journées sont suffisamment mornes pour en faire déprimer certains, tandis que d’autres se consoleront à grands coups de luminothérapie. Mais il y a un autre moyen de tenir en attendant le retour des chaudes journées d’été : il suffit d’aller à la Powell’s City of Books.

Fondée en 1971, la librairie est située dans Pearl District, près du centre-ville. Du haut de ses trois étages, Powell’s est un véritable point de rendez-vous pour les littéraires, et occupe à elle seule un bloc entier du quartier. En outre, avec plus de 4 000 000 titres en stock, Powell’s est tout simplement la plus grande librairie indépendante de neuf et d’occasion du monde.

Vous êtes impressionné ? Vous pouvez l’être. Car il y a là autant de livres que d’habitants dans l’État de l’Oregon. Mais n’importe quel libraire ou bibliothécaire vous le dira : posséder autant de titres est une chose, les cataloguer pour permettre aux clients de s’y retrouver facilement en est une autre.

L’approche de Powell’s est peut-être unique en son genre, divisant les neufs sections du magasin en différentes couleurs. Les visiteurs peuvent se promener dans les rayons, ou se servir de la légende créée par la librairie (accessible depuis leur application pour smartphone) pour trouver précisément ce qu’ils cherchent.

En plus de la Blue Room (littérature générale) et du Coffee Room (une cafétéria proposant un délicieux mélange de romans graphiques pour accompagner son café), les bibliophiles apprécieront de se rendre dans la Pearl Room, au dernier étage. La pièce offre des titres artistiques et pédagogiques variés, ainsi que la remarquable Rare Book Room. À cheval entre le musée et la chambre forte, elle est séparée de la librairie générale par une vitre et protégée par un portique de sécurité. À peine entré, vous vous retrouverez dans un autre monde. L’entrepôt de la City of Books laisse place à une élégance victorienne, avec des meubles brun foncé aux ornements d’antan.

N’importe qui peut entrer dans la Rare Book Room, mais c’est clairement un espace  pour les collectionneurs. Les étagères en bois chocolat sont seulement à moitié remplies, mais présentent des œuvres surprenantes en tout genre : livres sur l’histoire des États-Unis comme sur l’americana, carnets de voyages, livres pour enfants… Et puis viennent les œuvres stupéfiantes du rayon littérature, qui sont le cœur de la collection.

L’étagère dédiée inclut des classiques et des premières éditions d’auteurs comme J.R.R. Tolkien, William Shakespeare, Geoffrey Chaucer, James Joyce, Gustave Flaubert, et Pétrarque (oui, ce Pétrarque). Les livres les moins chers coûtent 150 dollars, tandis que les premières éditions in-douze (des pamphlets) de Howl d’Allen Ginsberg et de Lunch Poems de Frank O’Hara coûtent chacun 3 500 dollars. Il y a aussi Complete Poems and Selected Letters de John Keats (une copie possédée par Jack Kerouac) qui coûte 11 000 dollars.

Nous pouvons aussi trouver Il Petrarcha con l’Espositione, moins cher, mais peut-être plus impressionnant. Ces carnets, derrière leur paroi en verre, sont des copies annotées des sonnets de Francesco Petrarca. Ils ont été imprimés à Venise en 1528 – à la même période que la Bible de Luther – et coûtent, avec leur reliure en cuir, un petit 1700 dollars.

En tant que simple visiteur, vous pouvez vous demander si vous avez le droit de tenir ces œuvres entre vos mains. Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, la réponse est oui. Effectivement, vous pouvez même toucher ce qu’on pourrait considérer comme le meilleur livre de la Rare Book Room, la première édition vert pâle du livre Le Hobbit. La reliure rigide s’est assouplie après des années de manipulation, et un petit dragon dessiné en bas invite le lecteur à l’intérieur du livre. La couverture dévoile alors une page de titre impeccable, une illustration de la Shire et l’étiquette affichant le prix de 9000 dollars du livre.

Beaucoup d’autres trésors ornent les murs de cet endroit si spécial, certains sont spectaculaires, d’autres étranges, mais ils sont tous rares à leur manière. Que vous ayez ou non les moyens d’en ramener un chez vous, le simple fait de les voir et de les toucher est une expérience exceptionnelle. Powell’s mérite des louanges pour avoir donné au grand public un accès à des ouvrages d’une telle importance.

Le seul réel inconvénient à la Rare Book Room est que vous devez, à un moment ou à un autre, la quitter. Une fois que vous vous serez imprégnés au maximum de ce sanctuaire littéraire, vous devrez retourner dans cette banale City of Books, avec ses couvertures commerciales et ses livres de poche de la grande consommation. C’est une transition difficile, mais ne désespérez pas : peut-être qu’un jour, un de ces livres méritera sa place parmi ces étagères chocolat, derrière sa paroi vitrée. Peut-être que vous aurez vous-même un de ces livres chez vous. Seul le temps vous le dira… En attendant, continuez de lire !

Traduit de l’anglais par Diane Fremiot

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