Qu’est-ce-que le livre audio ?

Le livre numérique prend une place importante dans les discussions autour du livre aujourd’hui mais je voudrais que l’on s’attarde sur un autre format de livre qui apparaît progressivement en France : le livre audio. Voyant ces objets dans certaines librairies j’ai décidé de me prêter à cette expérience et plusieurs questions me sont venues à l’esprit : le texte atteint le « lecteur » par un sens différent qu’est l’ouïe : peut-on toujours parler d’un livre si l’action de lire est modifiée ? Grâce aux vendredis de l’édition, j’ai eu des réponses à ces interrogations avec l’intervention de Cécile Palusinski de l’association La Plume de paon qui, à sa création en 2009, avait pour but de faire l’état des lieux de la présence du livre audio en France.

Un marché méconnu dans notre pays

L’accès au livre audio n’est pas évident en France car il est encore absent de nombreux points de vente. Pour en trouver un, le plus simple est de passer par la plateforme Audible, entreprise d’Amazon, ou d’avoir près de chez soi une médiathèque. Ces dernières peuvent posséder un large choix de livres audio comme la médiathèque André Malraux à Strasbourg. Le marché est dominé par Audiolib, une entreprise appartenant à Hachette, et le nombre d’éditeur de livres audio s’élève à environ 70 en France. Il existe à ce jour six prix littéraires pour cette catégorie de livres contre deux milles pour le livre qu’on pourrait appeler traditionnel.

Comme pour le livre numérique, les français semblent être attachés au livre papier et ont du mal à essayer un format de lecture différent. Notre intervenante a donné un chiffre assez éloquent à ce sujet : 15% des français ont déjà écoutés un livre audio et 75% de ces personnes ont retenté l’expérience. Il semble alors que notre lectorat manque juste d’accompagnement dans la découverte de l’écoute des livres, plus qu’il ne le refuse, et il s’agit là d’une des missions de La Plume de paon. Une réticence peut néanmoins freiner le développement de ce média : le prix du produit fini. En effet, le livre audio nécessite un texte dont il faut souvent acheter les droits, une voix donc un comédien qu’il faut rémunérer et un studio d’enregistrement. Dans le cas de textes longs, il faut un directeur artistique pour aider à maintenir l’attention de l’auditeur et il faut enfin graver le tout sur un CD. Face à ces coûts de production élevés, cet objet ne peut pas encore être bon marché.

Lire ou écouter ?
Cette image est la couverture du livre audio du tome 1 de Hunger Games de Suzanne Collins lue par Kelly Marot. Elle représente la couverte du roman : sur un fond noir, on peut voir une broche représentant un geai moqueur qui appartient au personnage principal. En bas, on peut voir un bandeau rouge avec la photographie de la narratrice Kelly Marot et il est écrit : « Lu par Kelly Marot la voix de Katniss au cinéma ».
Couverture du tome 1 du livre audio Hunger Games de Suzanne Collins lu par Kelly Marot aux Editions Audiolib
© http://www.audiolib.fr

La couverture d’un roman est caractérisée par une iconographie, un titre et un nom d’auteur alors que la jaquette d’un livre audio comprend la couverture originale ainsi qu’un nom supplémentaire, celui du « narrateur », parfois accompagné d’une photo. Parmi ces derniers, on peut citer Féodor Atkine, connu pour faire la voix de Dr House dans la série éponyme, ou encore l’acteur Benoît Poelvoorde qui lit Les vacances du Petit Nicolas. Dans le cas d’adaptations filmiques, l’œuvre originale peut être lue par les voix françaises des films comme la saga Hunger Games de Suzanne Collins, lue par Kelly Marot qui prête sa voix au personnage principal.

Un problème de terminologie se pose également : l’action de lire est différente car le « lecteur » n’a pas le texte sous les yeux. Ce ne sont pas les mêmes sens qui sont impliqués : peut-on donc encore parler de lecture ? La dimension visuelle est remplacée et nous sommes plus d’un à ne pas savoir quoi faire de nos mains et où regarder pendant l’écoute d’un livre audio. D’autres sont au contraire à l’aise et les utilisent pendant qu’ils conduisent, cuisinent ou encore dans les transports en commun.

Cécile Palusinski parle d’« objet littéraire » à part entière. En effet, comme pour une pièce de théâtre ou un poème, la mise en voix est une interprétation du texte. La plupart du temps, c’est un comédien qui lit mais on pourrait se demander pourquoi les ouvrages contemporains ne sont pas lus par l’auteur lui-même. En plus d’être un « objet littéraire », le livre audio répond à différents besoins. Il donne accès à la lecture pour les aveugles mais pas seulement. Il réconcilie également les jeunes avec le livre papier et il peut aussi aider les jeunes dyslexiques à prendre confiance en leurs capacités de lecture. Concernant l’apprentissage des langues, le livre audio est un bon outil, et surtout dans notre zone transfrontalière. Cela se remarque dans les médiathèques où des allemands traversent la frontière pour emprunter des livres audio. D’une manière plus légère, il permet aussi d’avoir « les mains libres dans les transports » comme l’annonce le site Audible.

Mon expérience des livres audio
Cette image est la couverture du livre audio Fragments du discours amoureux de Roland Barthes lu par Fabrice Luchini aux Editions Audiolib. Sur un fond blanc, on y voit le titre de l’ouvrage. Dans la moitié inférieure de la couverture, il y a une photographie en noir et blanc de Roland Barthes sur la partie gauche et une de Fabrice Luchini sur la partie droite.
Couverture du livre audio Fragments du discours amoureux de Roland Barthes lu par Fabrice Luchini aux Editions Audiolib
©http://www.audiolib.fr

Avant l’intervention de Cécile Palusinski, je me suis prêtée à cette activité avec l’écoute des Fragments du discours amoureux de Roland Barthes par Fabrice Lucchini. Mon choix s’est fait en fonction de la personne qui lisait, pour voir si une voix pouvait apporter quelque chose au texte original. J’apprécie la diction de ce comédien, acteur et grand amateur de littérature et l’écouter lire Barthes m’a beaucoup plu. Néanmoins, une fois mon casque sur la tête, je ne voyais plus comment me comporter. Ne pas avoir le texte sous les yeux m’a d’abord profondément perturbée et je ne savais pas si je devais rester assise sans bouger ou si je serais capable de faire autre chose en écoutant le livre audio.

Je me demandais comment les textes allaient être abordés, m’attendant ainsi à une simple lecture. Les pistes des Fragments du discours amoureux sont divisées selon la thématique abordée par l’auteur : la rencontre, l’absence… et chacune débute par un court extrait musical qui permet de se préparer à entrer dans le texte, ce qui ajoutait un aspect fragmentaire supplémentaire à l’ouvrage original.

La lecture est pour moi un moment de détente individuelle et c’était retomber en enfance que d’écouter quelqu’un lire pour moi. Mes expériences des livres audio remontent aux récits de Marlène Jobert, qui étaient aussi mis en musique aux Editions Atlas. J’ai retrouvé encore plus les sensations que j’avais eues enfant en renouvelant mon expérience avec l’écoute du premier tome de la saga Hunger Games. J’ai autant apprécié cette écoute que la première mais ici, le genre romanesque et les intonations mises par le « narrateur » donnent envie de ne jamais appuyer sur le bouton « Stop ».

Rédigé par Romane Brune

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