Vincent Safrat, l’éditeur au grand cœur

Photo de Vincent Safrat
Vincent Safrat, invité de Thierry Ardisson dans « Salut les Terriens » le 5 décembre 2015

Si le nom de Vincent Safrat ne vous évoque pas grand chose, cet éditeur au grand cœur, également appelé « éditeur des pauvres », gagne pourtant à être connu.

Laissez-moi donc vous présenter cet homme dont l’histoire et l’ambition m’ont, je dois l’avouer, quelque peu touchées. En effet, à l’origine de l’association « lire c’est partir » créée en 1992, Monsieur Safrat se démarque des autres noms de la chaîne du livre pour être l’un des seuls à ne pas considérer la vente de cet objet comme une finalité en soi. Mais revenons aux prémices de son histoire, afin de mieux comprendre le concept et les motivations d’un tel projet qui tendent à le placer hors du marché du livre traditionnel.

Élève moyen de qui ne lit alors encore que très peu, Vincent Safrat part, lors de son année de Terminale et sans même aller jusqu’au baccalauréat, au Pérou avec un ami. En descendant de l’avion, il décide par soucis d’économies de rejoindre le centre ville de Lima à pieds. Traversant alors des kilomètres de bidonvilles, voilà qu’il reçoit la plus grosse claque de sa vie en découvrant ce qu’est réellement la misère humaine. S’il ne sait pas encore comment, Vincent Safrat sait à ce moment qu’il voudra aider les autres.

Il rentre en France, les mois passent, jusqu’au jour où le jeune Safrat se voit offrir par son père l’ouvrage d’un certain Gustave Flaubert: L’Éducation Sentimentale. La lecture de ce livre constitue un réel coup de foudre littéraire qui agit comme véritable déclic pour la lecture. En effet, tous les auteurs du XIXe siècle y passent, au point que devant un tel engouement pour la lecture mais aussi plus largement pour la sphère éditoriale, on décide de lui offrir une imprimante offset, c’est-à-dire une machine professionnelle permettant d’imprimer chez soi.

Mais là n’était que la belle part du monde du livre, la face cachée de l’iceberg ! Vincent Safrat découvre rapidement, à son grand dam, l’existence du pilon. Et oui, quelle triste réalité que celle du pilon qui veut que les invendus soient irrémédiablement destinés à la destruction. Quand on y pense, avouez qu’il est en effet fort dommage que tant de livres neufs soient réduits à néant alors qu’il pourrait en être tout autrement… Indigné par un tel affront, Vincent Safrat trouve sa vocation: en tant qu’humaniste motivé par l’amour de la lecture, il est désormais déterminé à trouver un moyen d’associer son envie de lutter contre la misère et celle de sauver les livres.

C’est ainsi qu’il se lance dans sa quête d’ouvrages destinés au pilon afin de les redistribuer dans les quartiers défavorisés. Robert Laffont lui-même l’aide dans cette entreprise de porte à porte qui, étrangement, s’avère assez compliquée puisque les éditeurs préfèrent généralement détruire leurs livres plutôt que de les donner…

Convaincu que la lecture peut être un moyen pertinent de s’en sortir dans la vie, c’est avec une détermination sans limite qu’il se met parallèlement à éditer, imprimer et distribuer lui-même des livres destinés aux établissements scolaires de quartiers défavorisés, mais aussi aux écoles des campagnes dont les faibles budgets ne leur permettent pas toujours d’en commander. Là où l’ambition du personnage est touchante, c’est par son altruisme totalement désintéressé. En effet, Vincent Safrat refuse catégoriquement d’en tirer ne serait-ce qu’un centime de bénéfice, car pour lui « tout bénéfice est une escroquerie ». C’est donc à prix coûtant que ses éditions personnelles se publient depuis 1998, à raison de 400 titres. Quant aux livres sauvés du pilons, 2,2 millions ont été écoulés à ce jour, chacun d’entre eux ne coûtant jamais plus de 80 cts, somme suffisante pour couvrir toutes les charges.

Cet amour du livre et des gens, les jeunes le lui rendent bien, puisqu’à son grand émerveillement, les livres à peine mis à disposition, tous se jettent dessus pour s’adonner à la lecture « partout et tout le temps. » On lit « en hiver dans les cités, en été dans les pelouses ». Les jeunes seraient donc bien plus demandeurs d’histoires qu’il n’y parait !

Maintenant que vous savez tout sur l’éditeur au grand cœur, n’hésitez pas à partager cette jolie histoire et à aller faire un tour sur le site où vous pourrez y découvrir un large catalogue de livres et de CDs pour enfants pour la modique somme de 80 cts !

Rédigé par Paola Choulgan

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