Mon stage en cession

C’est à Paris que je commence un stage de trois mois, sous la tutelle du responsable de la cession des droits et des licences des Humanoïdes Associés. Cette maison d’édition indépendante dont les débuts remontent aux années 70, mouvementées par la révolution artistique qui se mettait en place, édite bandes dessinées, romans graphiques et mangas en français, en anglais et japonais. Une maison d’édition internationale de par ses trois sièges à chaque recoin du monde : Paris, Los Angeles et Tokyo. Sa réputation fut lancée par trois artistes graphistes qui publièrent en 74 la revue de bande dessinée Métal Hurlant et qui gagnèrent ainsi une notoriété mondiale. Jean Giraud, sous le pseudonyme de Moebius, Jean-Pierre Dionet et Philippe Druillet sont ces trois artistes.

Aujourd’hui, la maison est connue pour ses séries mythiques et ses auteurs phares : Christophe Bec, Moebius, Nicolas de Crécy, Milo Manara, Jodorowsky, et pour ses bandes dessinées comme Carthago, L’Incal, Méta-Barons. S’étant rendu compte du succès dont comptent les séries en France et dans le monde entier, à part certaines nouveautés, la maison s’appuie sur ses ouvrages à succès en les déclinant. Elle en réédite et en réimprime certains : les tomes sont réunis en intégrales, les cycles de certaines séries s’étendent et donnent un nombre final de 9 tomes, ou bien les personnages d’anciens ouvrages sont repris par de nouveaux auteurs en créant une série spin-off du même univers. Parfois, un dessinateur ne tient pas à continuer la série et est remplacé… Il faut bien satisfaire les grands fans. Chez les Humanoïdes, certains auteurs comme Jodorowsky publient des ouvrages depuis 1978, c’est pourquoi la relation entre éditeur et auteur est primordiale.

Comme l’équipe basée à Paris ne compte que huit postes principaux, les rôles sont répartis et l’entraide est importante. Les stagiaires viennent remplir l’équipe. Dans le service de cession des droits et de licences, on a différentes missions. Céder les droits étrangers paraît compliqué et trop juridique. Ne décrochez pas, car cela devient intéressant. Une maison d’édition étrangère aime notre titre ? Cela veut dire qu’elle veut en acheter les droits et le traduire pour le vendre sur un territoire donné et dans une langue donnée. Elle nous propose donc un tirage et la négociation est entamée. Combien de tomes veux-t- elle publier et sur combien d’années ? Elle veut se réserver le droit de distribuer cet ouvrage dans les librairies et e-librairies, il faudra alors inclure cela dans le contrat. La rédaction du contrat entre deux maison d’édition se fait une fois la négociation finie : celui-ci indiquera la langue de publication, le territoire dans lequel le titre sera diffusé, le prix auquel il sera distribué, le montant des « royalties » (pourcentage des ventes versé à la maison d’édition propriétaire), ainsi que le prix des droits de publication et le prix du matériel de reproduction (fichiers originaux servant à faire le livre).

En cession, on prend en charge la diffusion internationale. Ainsi, des ouvrages français vont être exportés et toute une culture littéraire démocratisée. On distingue la traduction, la coédition et les partenariats parmi les différents types de cession. L’interculturalité du monde de l’édition c’est ce qui m’a d’abord attirée dans ce métier, puisque rien n’est restreint à une seule langue et un seul territoire, les possibilités sont illimitées. Les complications se trouvent dans la diversité légale et culturelle : pour bien vendre un titre, le marché est à étudier pour s’adapter aux différentes cultures, car tout ne se vend pas partout. On établit le potentiel de vente selon la demande du marché : c’est ici que le travail du responsable des droits étrangers se fixe entre médiateur interculturel et marchand d’œuvre. En cession, on est connectés au monde entier, notre boîte de messagerie électronique nous permet de rester en contact avec les éditeurs italiens nous demandant de leur envoyer des fichiers sur lesquels ils vont travailler à leur tour, ou bien avec des auteurs qui viennent d’apprendre que leur ouvrage va être traduit au néerlandais. Le répertoire de contacts en cession est rempli d’agents littéraires, éditeurs, traducteurs, locaux et étrangers.

Ayant passé quelques semaines au sein des « Humanos », l’anglicisation globale des échanges est évidente. Cependant, peu à peu, c’est aussi une globalisation culturelle qui se fait remarquer. L’offre éditoriale s’uniformise et la diversité des livres diminue. La récente croissance de ventes de comics originels des Etats-Unis qui se frayent un chemin à travers le monde entier en est un parfait exemple.

Rédigé par Anaïs Tomas

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