Festival Sans Nom : le policier au féminin ?

Le roman noir est un sous-genre du polar caractérisé par son univers violent et sa vision pessimiste de la société. On pourrait penser, a priori, que les femmes n’excellent pas à décrire la bestialité. Les auteures Sophie Loubière, Dominique Sylvain et Simonetta Greggio ont répondu à cette question autour d’une table ronde dans le cadre du « Festival Sans Nom » à Mulhouse.

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Table ronde au Festival Sans Nom

Comment répondre à cette question sans revenir sur les différences sociales et éducationnelles ?

Pour Sophie Loubière, élevée sans distinction de sexe, aucune activité n’était réservée à un genre plutôt qu’à un autre. Ce n’est qu’une fois sortie du cercle familial que la société pose la question du « polar au féminin ». Il semble donc difficile de voir une grande différence d’écriture entre homme et femme. Et si nuance il y a, elle n’est pas assez visible pour en faire cas. Simonetta Greggio a renforcé cette idée en pointant du doigt une pratique pour le moins étrange aux États-Unis. Les livres écrits par des personnes de couleurs peuvent être répertoriés dans un rayon Black fiction. L’auteure ne veut pas voir la création de rayon spécialisé en librairie comme polar écrit par des femmes puisque, s’il nous semble absurde de chercher des différences d’écriture entre un blanc et un noir alors pourquoi le faire entre un homme et une femme ? Différences malgré tout existantes pour Dominique Sylvain : elle estime que certains de ses personnages ont une sensibilité féminine du fait que leur créateur soit une femme. Un auteur n’aurait pas forcément pu leur donner une telle caractéristique. Il existerait donc dans certains cas une écriture genrée.

Cette question d’écriture « au féminin » ne serait-elle pas sans intérêt, comme l’a souligné le modérateur de cette rencontre, Luc Widmaier, en s’excusant presque de cet intitulé ? En effet, un bon polar saura toujours nous terrifier ou nous bouleverser, et ce qu’il soit écrit par un homme ou par une femme !

Mais laissons le genre de côté pour nous consacrer à ce qui nous intéresse, les romans ! On retrouve dans ces œuvres des points communs dont le premier est le choix de l’emplacement de l’intrigue. En effet chacune a choisi de raconter son histoire dans un lieu emblématique, chargé de souvenirs.

 

1

Kabukicho est le quartier chaud de Tokyo, ville où Dominique Sylvain a vécu et qu’elle retrouve même si elle n’y a pas été depuis plus de cinq ans. En racontant l’enlèvement d’une jeune hôtesse d’origine américaine et en dépeignant le milieu de la nuit tokyoïte, elle redonne vie à ses souvenirs pour faire de cette ville un personnage à part entière qui engloutira le lecteur.

 

2

White coffee, suite de Black coffee, se passe également dans un endroit emblématique pour l’auteure, la route 66. En effectuant un voyage en famille, Sophie Loubière a découvert son atmosphère spécifique ainsi que les différents mythes qui l’entourent. Plus particulièrement l’histoire d’un tueur en série qui a sévi pendant 40 ans sur la mystérieuse route. C’est de cette histoire que sera tissée la trame de Black, puis White coffee.

 

3

Enfin, Simonetta Greggio a voulu retranscrire, dans Black Messie, la grande dualité de l’Italie : la beauté et l’horreur liées, notamment visibles pendant la Renaissance, période artistique magique et pourtant lieu de crimes violents dans la famille Médicis. Elle part en effet dans son roman sur les traces du premier serial killer italien qui a sévi à Florence de 1968 à 1985, le Monstre de Toscane…

 

Aussi, chacune d’entre elle a contextualisé son roman dans une ville ou un lieu bien précis, remplis de souvenirs, souvent emblématique pour elles. Finalement, une façon d’écrire commune à bien des auteurs peu importe leur sexe…

Certaines d’entre elles ont également choisi d’utiliser des faits divers pour commencer leurs romans : Simonetta Greggio reprend une affaire réelle non élucidée et Sophie Loubière part d’un fait divers sur la route 66. Dominique Sylvain, quant à elle, s’inspire du meurtre d’une jeune étrangère au Japon. Si les deux premières ont choisi d’aller au bout de leurs enquêtes et de trouver ainsi leur coupable, Dominique Sylvain a plutôt fait le choix de développer une histoire parallèle. Ainsi, si ses romans ont des points communs qui ont amené une discussion assez amusante sur les psychopathes, ils ont également de nombreuses différences liées à la vision et au style de chacune.

Cette rencontre a donc été l’occasion pour nous de découvrir des auteures drôles et sympathiques qui ont partagé leurs expériences et leurs petites astuces d’écrivain mais surtout de découvrir leurs romans glaçants et passionnants. Tout ce qu’on attend d’un bon roman policier !

Audrey Hocheder et Lucie Barthod

 

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