« L’avenir appartient à ceux qui se lèchent tôt », rencontre avec Bernard Werber à la Librairie Kléber.

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Bernard Werber en dédicace

Bernard Werber, le maître de la science-fiction française, était présent à la librairie Kléber mercredi 9 novembre pour une rencontre autour de son dernier livre, Demain les chats.

Avec 24 romans à son actif, vendus à plus de dix millions d’exemplaires, Bernard Werber est l’un des auteurs français les plus lus dans le monde. Il a tout d’abord fait des études de criminologie avant de commencer une carrière de journaliste qui l’a vite lassé par son manque de renouveau. Il s’est ensuite lancé dans l’écriture de romans où la liberté de création et la transmission de connaissances le passionnent depuis quelques années déjà.

Pour cette rentrée littéraire 2016, Bernard Werber revient avec un nouveau roman, plutôt original. Demain les chats raconte l’histoire de deux matous, Bastet, la narratrice, et Pythagore, un chat de laboratoire qui possède sur sa tête une prise USB qui lui permet d’accéder à Internet. Ces deux protagonistes vont progressivement découvrir le monde complexe et violent des humains, avec lesquels ils essaieront de communiquer. L’auteur, au cours de cette rencontre, nous a dévoilé le projet originel de son livre, à savoir, sa volonté de parler des attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan. Se posait alors pour lui la question de la manière dont il allait pouvoir aborder ce sujet : comment parler du terrorisme et de la violence de notre société sans rappeler ce qui avait déjà été dit à ce propos et en essayant d’évacuer toute l’émotion liée à ce drame ? Bernard Werber a alors eu l’idée d’adopter un point de vue original pour son récit : toute l’histoire nous est en effet racontée à partir des yeux et des pensées de chats. Pour cet écrivain, « pour comprendre quelque chose, il faut en sortir ». Ainsi, le choix de cette perspective extérieure à la société lui permettait de prendre du recul sur l’humanité pour mieux la saisir et en comprendre les agissements. Bernard Werber avait déjà préféré un animal pour le rôle du narrateur, avec sa Trilogie des Fourmis (Les Fourmis, Le Jour des fourmis, La Révolution des fourmis). Cette fois-ci, il opte pour les chats et s’inspire même de ses propres animaux de compagnie pour créer ses personnages. Le lecteur de Demain les chats fait donc la rencontre de Bastet, le personnage principal, une jeune chatte assez prétentieuse et pourvue d’une haute estime d’elle-même, et de Pythagore, un chat siamois, instruit et connecté à Internet grâce à son « troisième œil », ainsi que d’autres félins tout aussi surprenants les uns que les autres.

Puis, Bernard Werber, guidé par les questions de la libraire, a abordé sa manière d’écrire, très particulière et personnelle. Pour écrire un roman, il part toujours d’une idée, imagine le début de son histoire, puis invente ses personnages et leurs caractéristiques, et enfin imagine la chute. Il rédige ensuite un premier jet sous la forme d’une nouvelle de dix pages qui est un résumé de la structure. Il la développe pour en faire un roman de deux-cent pages environ qui donne une vision globale de l’histoire. Il jette ensuite le tout à la poubelle et recommence à zéro. Lorsqu’il est enfin satisfait d’un de ses « brouillons », il enrichit le texte en intégrant la documentation. Vient ensuite la question du point de vue utilisé dans la narration. Même s’il est plus difficile d’utiliser le « je » comme narrateur et le présent comme temps de la narration, Bernard Werber affirme préférer ces deux possibilités, car elles apportent une vraie dynamique au texte : le lecteur ne peut pas connaître la fin de l’histoire car l’aventure est en direct, ce qui diffère des temps au passé.

Bernard Werber enrichit ensuite son texte de multiples informations scientifiques et historiques : c’est le moment de la documentation. Cet écrivain a toujours voulu partager des connaissances avec ses lecteurs, transmettre quelque chose qui les fera réagir et réfléchir, que ce soit pendant la lecture d’un de ses livres ou à une rencontre. En effet, lors de cette rencontre à Strasbourg, il a longuement parlé du chat, expliquant ainsi que celui-ci avait été interdit par l’Église catholique en 300 car il était considéré comme animal du diable, avant d’être accepté à la Renaissance après une épidémie de peste. Il a aussi mentionné la relation qu’ont les chats avec la mort : ils sont en fait attirés par la douleur des humains et veulent nous faire du bien en nous accompagnant vers la mort. L’écrivain a aussi abordé le fait que cet animal nocturne qu’est le chat a une meilleure vision et une meilleure audition que les humains, que ses moustaches servent à capter les mouvements de l’air et qu’il reçoit ainsi plus d’informations dans le cerveau. Le chat reste cependant un animal mystérieux et indépendant, qui garde un certain côté sauvage et semble détenir un complexe de supériorité sur l’homme. Toutes ces informations que l’auteur livre dans ses romans lui permettent d’entretenir une relation particulière avec ses lecteurs, dont il souhaite satisfaire la curiosité. Pour lui, satisfaire le lecteur est plus important que de recevoir une récompense littéraire. Grand fan de La Fontaine, de qui il avoue s’inspirer, il veut faire passer des idées et des messages, mais estime que le lecteur est assez intelligent pour pouvoir trier le vrai du faux dans ses romans.

Enfin, Bernard Werber a aussi partagé, au cours de cette rencontre, des choses intimes de sa vie quotidienne. Il nous a notamment fait part de sa philosophie du « pas de désir, pas de manque », qui reflète son souhait d’apprendre à vivre plus simplement. Il pratique aussi la méditation en essayant de respirer correctement et de prendre le temps d’élargir son esprit au-delà de son cerveau.

Cette rencontre à la librairie Kléber s’est terminée par une séance de dédicaces où Bernard Werber s’est montré très accessible avec ses lecteurs alsaciens.

 Anaïs Goin et Adeline Loyant

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