Quand les livres jouent à cache-cache, ou le phénomène du Bookcrossing

Dans le métro, sur un banc, dans une gare, ou encore derrière un arbre dans un parc…Il est de moins en moins rare de tomber sur un livre qui, loin d’être abandonné, a été sciemment laissé dans un lieu public par un « BookCrosser ». Un regard sur ces amoureux des livres, désireux de faire voir du pays à leurs romans préférés.

Le phénomène du BookCrossing a commencé en 2001 quand Ron Hornbaker, un passionné du web-design et du développement informatique, met au point un site internet dont le principe est simple : laisser un livre dans un lieu public, dans le but qu’une autre personne le trouve, le lise, et l’abandonne à son tour. Pour ce faire, il suffit d’enregistrer son livre directement sur le site bookcrossing.com afin de recevoir une étiquette dotée d’un numéro BCID. Ce numéro, unique, permet de suivre le parcours de son livre à travers le monde ; en effet, le lecteur qui aura la chance de tomber sur le livre n’aura qu’à enregistrer le numéro via le site pour informer son propriétaire de sa localisation. Les « libérateurs » de livres peuvent également, s’ils le désirent, indiquer quel livre a été déposé et à quel endroit directement sur la BookMap du site, qui indique en temps réel quand un nouveau livre a été déposé n’importe où dans le monde.

Une manière simple et ludique de voir jusqu’où son livre peut voyager, tout en partageant son amour de la lecture !

Le phénomène s’est tant et si bien développé que c’est une véritable communauté de BookCrossers qui s’est développée ; en août 2015, ce n’est pas moins de 1 400 000 membres et plus de 11 000 000 de livres qui ont été enregistrés, et ce à travers 132 pays. De plus, grâce aux statistiques du site officiel de BookCrossing, mises à jour tous les mois, il est possible d’évaluer quels pays sont les plus actifs. En novembre 2016, l’Allemagne se retrouve donc en première place avec plus de 6 000 livres partagés, talonnée par les Etats-Unis et ses 4 711 livres, poursuivie par l’Italie, les Pays-Bas, et la France qui atteint 1 665 livres voyageurs.

Au fur et à mesure que le phénomène prenait de l’ampleur, on a également vu apparaître des « dépôts officiels de BookCrossing ». En France, par exemple, plusieurs municipalités ont pris la décision de reconvertir certains lieux en abris pour livres en attente de partir en voyage avec un nouveau lecteur, comme ce fut le cas de la ville de La Ciotat, dans le sud de la France, qui a aménagé plusieurs vieilles cabines téléphoniques en petites bibliothèques. En 2009, la ville de Marseille a quant à elle fait appel à l’association Art Book Collectif, qui a installé une sculpture en forme de girafe, Zarafa, et de son girafon Marcel, qui abritent un creux dans lequel on peut aisément déposer ou prendre des livres.

D’autres villes comme Bordeaux, Dijon, Strasbourg ou encore Aix-en-Provence, ont fait le choix d’installer des boîtes estampillées « Boîtes à livres », où les livres vont et viennent, en attendant patiemment de voir d’autres horizons.

Néanmoins, comme tout événement, le BookCrossing a également connu sa part de critiques ; quelques années après son lancement officiel, l’auteur Jessica Adams déclare être contre ce phénomène du fait qu’il négligeait les principes du droit d’auteur, puisqu’un même livre était lu par une communauté toute entière sans que son auteur ne soit rémunéré en conséquence. Propos qui ont été rapidement démentis par la communauté des BookCrossers en déclarant qu’au contraire, le BookCrossing avait pour but de renforcer le côté purement ludique de la lecture, en alliant la « chasse aux trésors » au plaisir de lire, tout en introduisant les lecteurs à des auteurs qu’ils n’avaient encore jamais lus, et donc leur donner envie de s’intéresser à leurs œuvres complètes.

Par ailleurs, il y a encore très récemment, l’actrice anglaise Emma Watson a donné un véritable coup de pouce au principe de BookCrossing en déposant elle-même des ouvrages féministes, et notamment de l’activiste afro-américaine Maya Angelou, dans les métros de Londres et de New-York. Cet événement largement médiatisé a donc permis au BookCossing de gagner un peu plus en popularité.

La fièvre BookCrossing semble donc avoir encore quelques belles années devant elle ; depuis quelques années, cette tendance a été déclinée en postcrossing, c’est à dire l’échange de cartes postales avec n’importe qui dans le monde, ou encore le geocaching, qui consiste à communiquer des données satellites pour retrouver une « petite boîte à trésors ».

Et si vous voulez tenter vous-même l’expérience du BookCrossing, sachez que le site bookcrossing.com informe régulièrement sur les conventions qui sont organisées autour du sujet, ainsi que des MégaBookCrossing (MBC) où plusieurs Bookcrossers se retrouvent pour échanger leurs livres en personne.

Qui sait, peut-être qu’un de vos livres a lui aussi des envies de bougeotte ?

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