Laisser place au hasard

Il n’est pas rare d’entendre des auteurs parler de leur manière d’écrire, du chemin parcouru ou encore du processus créatif. La parole est moins laissée aux éditeurs, acteurs silencieux de la production littéraire. La naissance des mots est tout aussi intéressante que la production de l’objet livre, encore plus pour des personnes de notre formation.

Le coéditeur de la maison d’édition La dernière goutte, Christophe Sedierta, est gentiment venu nous présenter les rouages de la sélection de textes entre autres questions épineuses. Cette maison d’édition alsacienne est née en 2008 et affiche désormais quarante-six livres à son compteur.

Un manuscrit bon à être publié possède forcément une voix, une écriture propre, mais aussi une histoire qui prouve que l’auteur est passionné en apportant une réflexion sur le monde. Pourtant, son propos ne doit pas être forcément engagé. C’est seulement avec ces trois composantes que les deux éditeurs décident de se lancer dans l’aventure de la publication d’un livre.

Mais comment trouver cette pépite ?

Cette maison d’édition dirigée par Nathalie Eberhardt et Christophe Sedierta déniche ses manuscrits de différentes manières. Cinq possibilités ont été présentées ; certaines sont dues au hasard, d’autres utilisent les canaux habituels de l’édition. Il s’agit de critiques ou d’autres éditeurs en négociant les droits de publication à l’étranger, de traducteurs qui cherchent et contactent la maison d’édition si les textes correspondent à la ligne éditoriale ou encore par les agents littéraires. Beaucoup de publications fonctionnent par réseau : des relations professionnelles dans le monde du livre naissent des découvertes ou des partenariats.

Cependant le plus intéressant se trouve dans des découvertes inattendues.

La publication de Mes enfers de Jakob Elias Poritzky est le fruit d’une rencontre presque fortuite. Christophe Sedierta devait lire un livre d’Otto Rank au sein d’un cours. Dans Don Juan et le double, ouvrage liant psychanalyse et littérature, l’auteur cite cette œuvre et compare Jakob Poritzky à Maupassant, Oscar Wilde et Edgar Poe. Or il n’a jamais été traduit en français et la totalité de son œuvre a été brûlé par les nazis.

Finalement, les deux éditeurs ont trouvé une édition originale de 1908 chez un bouquiniste en Allemagne. Il a fallu ensuite le traduire. Une découverte peut donc se faire par lectures personnelles.

Et parfois une surprise en cache une autre. Après la sortie de Mes enfers, la maison d’édition a reçu une lettre de Saint-Malo. L’expéditrice y parle d’un ami argentin écrivain qui pourrait correspondre à la ligne éditoriale de La dernière goutte. Or cet ami, qui n’était autre que Gabriel Báñez, est une grande référence littéraire en Argentine dont seulement trois des livres avaient été traduits en français à cette époque.

De cette belle histoire s’est tissée une amitié mais aussi un contact possible pour la maison d’édition : de jeunes auteurs argentins sont lus par l’expéditrice de cette lettre qui s’occupe désormais du domaine sud-américain, une littérature assez représentée au sein de cette maison d’édition.

Si le bookcrossing permet aux livres de voyager, nos amis de papiers vivent des péripéties avant même qu’ils ne se retrouvent au creux de nos mains !

Et vous, savez-vous quelle histoire se cache derrière la publication du livre que vous lisez ?

Lucie Barthod

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