Prix Nobel, prix rebelles ?

Chaque année, et ce depuis 1901, le prestigieux Prix Nobel de littérature récompense un écrivain dont l’œuvre littéraire est considérée comme défendant des valeurs universelles et ayant rendu service à l’humanité. Avec la remise du Prix Nobel de littérature à Bob Dylan en octobre 2016, l’Académie suédoise ne cesse de nous surprendre en mettant en lumière des domaines méconnus de la littérature. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’elle lance les polémiques et déjouent les pronostics : voici donc notre sélection de trois Prix Nobel qui nous ont marqués.

Winston Churchill

En octobre 1953 Winston Churchill s’attendait davantage à recevoir le Prix Nobel de la paix pour son implication lors de la Seconde Guerre mondiale, c’est finalement celui de littérature qui lui est attribué. Le premier homme d’État à recevoir un tel prix en avait donc surpris plus d’un, mais l’Académie souhaitait le récompenser « pour sa maîtrise de la description historique et biographique ainsi que pour ses discours brillants pour la défense des valeurs humaines ». Le Prix Nobel reçu par Churchill met en valeur les six volumes de ses Mémoires qui narre l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. C’est pourtant loin d’être les premiers écrits de sa carrière car il rédige depuis sa jeunesse de nombreux ouvrages : des recueils de discours, des biographies, des récits de voyages, et ses souvenirs.

Plus qu’un choix politique, il s’agit en réalité d’un choix très réfléchi en matière de littérature. Son style témoigne de sa grande vénération pour la langue anglaise et de son talent pour manier les mots. On sait d’ailleurs qu’il pouvait passer un temps considérable à revoir chacune de ses phrases jusqu’à ce qu’elles lui conviennent. Ainsi l’écrivain Churchill, bien que souvent méconnu, n’en reste pas pour autant incontestable.

Jean-Paul Sartre

Le 24 octobre 1964 on annonce le nom du nouveau Prix Nobel de littérature. Journalistes et photographes se pressent alors au domicile du lauréat, boulevard Raspail, pour recueillir ses premières réactions. “Je le refuse, et vous pouvez l’écrire !” clame Jean-Paul Sartre. Surprise générale !

Quelques jours plus tard une lettre du philosophe est publiée dans les journaux suédois dans laquelle il livre les raisons de son refus. En résumé, il ne désirait être affilié à aucune institution. Il explique qu’il souhaitait pouvoir continuer à agir en tant que Sartre et non en tant que Sartre Prix Nobel. Pour paraphraser Spiderman “un grand pouvoir implique de grandes responsabilités” et c’est un peu pour cela que  l’auteur de Les Mots refuse cette reconnaissance forcée.

D’autant plus qu’ayant eu vent du choix de l’Académie, il leur aurait envoyé une missive le 14 octobre les priant de ne pas lui attribuer le prix. Son seul dilemme : la récompense financière dont il aurait pu faire don à une association. Au fond Sartre n’a-t-il pas refusé le prix seulement pour prouver la force de la liberté individuelle ? Faire une chose que personne n’avait jamais faite avant, jouir du plaisir d’exercer sa liberté individuelle et ainsi exhiber fièrement sa philosophie avec comme spectateur le monde entier.

Bob Dylan

Le 13 octobre 2016 l’Académie suédoise annonçait le nouveau vainqueur du prix Nobel de littérature, Bob Dylan. Cette nouvelle créa la surprise dans le monde littéraire, musical et au-delà encore. Il aura fallu attendre plus de deux semaines pour obtenir la réaction de l’auteur-compositeur-interprète. Ce dernier décida même de ne pas venir retirer son prix à Stockholm le 10 décembre 2016 mais d’y envoyer à sa place son amie Patti Smith, accompagnée d’un bref discours de remerciement. Autant d’éléments participant à nourrir la polémique qui avait éclatée lors de l’annonce de la récompense d’une œuvre littéraire insolite, la chanson.

Dylan fut le premier surpris lors de l’annonce des résultats, il déclare n’avoir jamais vraiment considéré ses textes comme de la littérature mais reconnaît être reconnaissant et fier que l’Académie suédoise les voie comme tel. Bob Dylan a souvent dû affronter les critiques au cours de ses plus de cinquante ans de carrière, notamment lors de son changement radical de style dans les années 1960, passant de chanteur folk protestataire à icône du rock. Dylan est toujours là où on ne l’attend pas.

Les membres de l’Académie suédoise déclarent avoir choisi l’œuvre littéraire du chanteur car il a « créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expressions poétiques. » Dans son œuvre, la parole et l’oralité des textes priment, renvoyant à une longue tradition poétique visant à interpréter et non lire les écrits versifiés. Malgré la recevabilité des propos allant à l’encontre de l’élection de Bob Dylan,  il semblerait que tous les éléments soient là pour considérer la chanson comme une forme de littérature, portant un message universel.

Et vous, quel prix Nobel de littérature vous a le plus surpris ?

Dans l’ordre des parties: Jeanne Bucher, Lucie Vogel, Roxane Halbwax

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