Herik Hanna, le métier de scénariste, et « Détectives »

Le métier de scénariste est un rôle sous-estimé dans le monde de la création graphique, si ce n’est totalement méconnu pour le commun des lecteurs de bande-dessinée…L’heure est venue de redorer le blason de ce métier fondamental dans le monde de la BD, encore dramatiquement réduit à : « Vous n’êtes que scénariste ? ».

Le scénariste a pourtant à cœur de donner naissance à l’intégralité de la narration de la bande-dessinée ; il met ainsi en scène une histoire, des descriptions à l’action jusqu’aux dialogues. Comme le dramaturge et ses didascalies, le scénariste fournit au dessinateur les indications concernant la meilleure manière de raconter la fiction en images : découpage des pages ou du nombre de cases, cadrage, intentions de jeux… et ce, dans la plus grande clarté.

En somme, le scénariste façonne l’ossature de la bande-dessinée, et le dessinateur en compose l’enveloppe corporelle. Un travail d’équipe, de symbiose entre écrit et dessin. C’est notamment de cette collaboration entre Herik Hanna et Julien Motteler qu’est né le cinquième tome de la série Détectives, aux nombreuses références tant littéraires que ressortant de l’univers outre-Atlantique des comics.

L’histoire commence avec 7 Détectives, tome fondateur, à partir duquel suivent plusieurs tomes pouvant se lire comme des one-shot, résultant de la frustration d’Herik Hanna qui n’avait pu développer en profondeur chacun des détectives inventés. La particularité de cette série, outre qu’elle peut se lire par fractions, est que chaque tome possède son propre dessinateur : Motteler pour le tome 5 et Mara pour le 6 par exemple, toutefois liés par le style quelque peu cartoon.

Le cinquième tome met en scène Frédérick Abstraight, détective marginal, si ce n’est original. Sa carrière s’est heurtée à une affaire qu’il n’a pas réussi à résoudre, le transformant en la risée de Londres. Commence alors pour lui une histoire singulière et dont l’onirisme se trouve au carrefour de plusieurs genres. On l’envoie pour l’histoire merveilleuse et fumeuse d’un chat à retrouver ; pour ce faire, il embarque dans un train où un meurtrier sévit de manière expresse et se révèle s’être échappé d’un asile façon Arkham. En somme, Hanna et Motteler réussissent à mêler plusieurs styles littéraires, en créant un tome délicieusement décalé rappelant des lectures passées comme Lewis Carroll, Agatha Christie et Alan Moore. A cette combinaison de différents genres (contes, polar, comics), Herik Hanna apporte une touche sonore ; le morceau évoqué à la dernière scène fait un parallèle avec le tome initial de 7 Détectives.

Plus qu’une simple bande-dessinée, Détectives invite à découvrir une harmonie entre les arts mêlés à un humour piquant, mais dont les 54 pages ne rassasient hélas pas le lecteur… Heureusement qu’il y a sept tomes.

Laure Chataignon et Lilén Colle

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