La Résistance italienne mise en roman

Difficile, en France, de parler de la Deuxième Guerre mondiale sans penser à la Résistance. En effet, de 1940 à 1944, les mouvements et réseaux clandestins ont lutté pour la Libération. La littérature française a d’ailleurs été un témoin de cette bataille civile : Paul Eluard, Elsa Triolet, Louis Aragon… Autant de noms que nous connaissons et qui sont liés à ce morceau d’histoire française.
Pourtant, la France n’est pas le seul pays à avoir résister. La littérature de la Résistance existe aussi en Italie.

Article italie 1

La letteratura resistenziale

La critique italienne estime qu’il n’existe pas de littérature de la Résistance à proprement parler car, contrairement aux œuvres françaises, les auteurs italiens n’ont pas écrit pendant la Seconde Guerre mondiale. Au contraire, les expériences de Résistance ont été publiées dans les années 1950, a posteriori.
La littérature de la Résistance était perçue comme partie intégrante de la littérature de la guerre. Il a fallu que des chercheurs s’y intéressent pour l’étudier comme un thème à part entière. En effet, cette fois-ci, il s’agit d’une guerre « choisie ». Si l’utilisation de terme de choix peut faire grincer des dents, à juste titre, les partisans estiment que cette guerre civile est la leur, dans le sens où ils n’ont pas été forcé à combattre comme lors de la Première Guerre mondiale. Ils ont décidé de se battre.

Il devient plus facile alors de comprendre l’importance de la narration à la première personne et d’un matériau personnel. Les ouvrages de la Résistance sont emprunts d’expériences personnelles. D’où une vision de la Résistance et des combats des partigiani italiens multiple.

L’Agnese va a morire – Renata Vigano

Article 2
Agnès va mourir

Agnès va mourir est le seul roman de la Résistance écrit par une femme sur une femme. Après la déportation de son mari par les allemands, Agnès rejoint les partisans. Le titre ne laisse aucun suspens quant au destin du personnage principal.
Ce choix de titre est en fait lié à la vision des combats : ici les nazis et les fascistes se battent en vain. Les partisans gagneront. Ce n’est qu’une question de temps. Et Agnès est la figure même du sacrifice : elle meurt pour la liberté en étant devenue un tout. Elle n’est plus une femme mais une partisane.

Ce roman, publié en 1949, a été rapidement perçu comme un ouvrage politique du fait de la vision très manichéenne de la Seconde Guerre mondiale. Les nazis n’ont pas de noms, leur langue est incompréhensible, ils évoluent toujours dans l’obscurité et prennent plaisir à la souffrance : ils sont inhumains. Alors que les partisans ont tous un nom et ne tuent que par devoir. Pourtant, derrière une écriture qui peut paraître simple, le roman de Renata Vigano se destinait surtout à ceux qui ont résisté : l’auteure a cherché à être lue par tous.

Una questione privata – Beppe Fenoglio

Article 3
Une affaire personnelle

Publication posthume en 1963, le roman de Beppe Fenoglio se différencie énormément de celui de Renata Vigano. Milton est un partisan et la guerre l’amène près de la villa de Fulvia, une jeune femme de qui il est tombé amoureux. La gardienne du lieu finit par évoquer la relation entre Fulvia et Giorgio – meilleur ami de Milton. La recherche de la vérité va pousser Milton à retrouver son ami.

Derrière ce fait très privé, loin de la guerre civile italienne, se cache un roman de la Résistance perçu comme un des meilleurs. Dans sa recherche de la vérité sur cette affaire, Milton essaye de trouver Giorgio qui a été capturé par les nazis. Il décide donc de capturer un allemand pour récupérer son ami. Mais le général réussi à s’enfuir et Milton le tue. Il décide donc de revenir dans l’ancienne maison de Fulvia pour entendre l’histoire une dernière fois mais il tombe sur des nazis. Ce voyage vers la vérité permet à Fenoglio de dresser une image de la Résistance italienne à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. La recherche de la vérité privée devient alors une recherche de la vérité absolue.

Fausto e Anna – Carlo Cassola

Article 4
Fausto et Anna

Une nouvelle fois, le fondement de cette histoire est une histoire d’amour entre Fausto et Anna.  Le roman est divisé en deux parties : d’abord la jeunesse des deux personnages à Volterra puis leurs vies respectives pendant la guerre. Alors qu’Anna se marie avec Miro après sa rupture avec Fausto, lui finit par s’engager dans la Résistance avec les partisans refusant d’attendre sans rien faire les soldats américains.

Publié en 1952, le roman de Cassola a été très mal reçu car souvent vu comme une critique de la Résistance. Pourtant, l’auteur a essayé de dresser les partisans sous tous leurs aspects, un travail presque anthropologique. Fausto ne peut se résoudre à la violence, estime leur combat aussi bat que celui des nazis. La plus grande difficulté du personnage se trouve être le communisme. Une vision personnelle de l’auteur à qui Fausto ressemble énormément. Fausto e Anna est un roman de formation à travers la guerre, une formation intellectuelle. L’ouvrage parcourt une dizaine d’années en trois cent pages.

I piccoli maestri – Luigi Meneghello

Article
Les petits maîtres

Ce roman publiée en 1964 et considéré, avec celui de Fenoglio, comme étant la fin de la littérature de la Résistance, est une oeuvre autobiographique. En 1943, l’auteur refuse son enrôlement dans l’armée et s’enfuit de chez lui. Il se cache dans les bois et il finit par retrouver un groupe armé : les premiers partisans.

Cette oeuvre autobiographique explique la Résistance : les difficultés connues à cause d’une mauvaise gestion des opérations, les tensions internes et les figures de maîtres avec le capitaine Toni. Meneghello a attendu presque vingt ans pour pouvoir écrire son roman. Il devait, selon ses mots, prendre suffisamment de recul pour utiliser un matériau autobiographique. Le résultat donne un témoignage ampli d’ironie et d’humour sur la difficulté de se battre sans être soldat. Ce roman est considéré comme l’un des témoignages les plus importants sur la Résistance.

Autant de romans bien écrits et construits, pour mieux comprendre la Seconde Guerre mondiale en Italie et les différentes conceptions de la Résistance à la fois italienne et mondiale au nazisme, sans lire un manuel d’histoire !

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