Lire le féminisme #1

Au sein du master édition, nous avons chacun-e-s nos petits thèmes, domaines ou littératures fétiches. Ces préférences personnelles s’expriment à travers nos choix d’exposés ou de dossiers, d’articles sur le blog et aussi de sujets de mémoire. Le mien portant sur l’évolution de l’édition féministe depuis les années 1970, je vous donne rendez-vous aujourd’hui pour un petit cours de feminism 101. Pour éviter de commencer sur les chapeaux de roue et analyser les grandes théoriciennes féministes françaises et étrangères, je vous propose plutôt une sélection aux petits oignons de romans écrits par des femmes, sur des femmes ou pour des femmes.

Le classique : Pride & Prejudice

Le roman de mœurs de Jane Austen, considéré comme l’une de ses œuvres les plus significatives, dépeint les aventures de cœur des filles Bennet dans la campagne anglaise de la fin du XVIIIe siècle. Alors que Mrs Bennet tente de marier chacune de ses filles pour leur assurer un avenir financier stable, l’aînée, Jane, tombe amoureuse de Mr Bingley, homme fortuné louant un château non loin de là. Les rencontres entre Jane et Bingley amène la seconde des filles Bennet, Lizzie, à côtoyer Mr Darcy – hautain et dédaigneux. De haute naissance, il est d’abord très méprisant de la famille Bennet et de Lizzie, avant de dévoiler sa nouvelle (ou vraie ?) nature et courtiser la cadette.

« He is a gentleman, and I am a gentleman’s daughter. So far we are equal. »

De nombreux essais littéraires voient la personnalité de Lizzie comme l’élément déclencheur de l’évolution de Darcy. Intelligente, authentique et consciente de l’injustice de la société patriarcale dans laquelle on l’oblige à évoluer, Lizzie est un personnage dont le féminisme est mis en valeur par sa différence avec les autres personnages féminins. Sa nature indépendante et confiante, et évidemment ses opinions sur les différences de genre construisent un contraste avec Jane ou Caroline, la sœur de Mr Bingley. Une scène particulière illustre particulièrement cette opposition : Caroline, Lizzie et Darcy débattent à propos de la définition d’une femme « accomplie ». Lorsque Caroline acquiesce à la longue liste de qualités nécessaires dressée par Darcy, Lizzie s’affirme et insiste que ces attentes sont irréalisables.

Celui qui fait parler de lui

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Ici : Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale, 1985, Everyman’s Library. En français : La servante écarlate, 2005 et 2017, Robert Laffont.

Publiée en 1985, la dystopie de Margaret Atwood – récemment adaptée en série télévisée sur Hulu – connaît un grand succès, amplement mérité. Au cœur de la République de Gilead, un régime patriarcal totalitaire où la religion a pris les commandes, les femmes sont privées de leurs droits fondamentaux et réparties en différentes classes : entre autres, les femmes de Commandants, les Marthas et les servantes. Offred, personnage principal et narratrice de l’intrigue, est servante du Commandant Fred – d’où son nom, littéralement « de Fred ». Les servantes sont des jeunes femmes fertiles, dont l’unique fonction est la reproduction. L’intrigue suit les pensées d’Offred, qui se remémore les souvenirs d’une époque post-coup d’État, où les femmes avaient encore des droits.

« Maybe none of this is about control. Maybe it isn’t really about who can own whom, who can do what to whom and get away with it, even as far as death. Maybe it isn’t about who can sit and who has to kneel or stand or lie down, legs spread open. Maybe it’s about who can do what to whom and be forgiven for it. »

Si l’auteure rechigne à décrire son roman comme féministe, terme parfois trop « fourre-tout », cette intrigue nous offre pourtant un avertissement contre le caractère profondément patriarcal de notre société, encline à l’aliénation des femmes. Offred représente une grande partie de la population féminine actuelle : avant Gilead, elle était embarrassée par les féministes, dont sa mère, qu’elle trouvait trop extrêmes. En sa position de servante, elle accepte enfin que le féminisme est uniquement la reconnaissance d’une domination masculine.

L’outsider

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Virginia Woolf, A Room of One’s Own, 2016, Vintage Classics

Non, ce n’est pas un roman, d’accord. Mais dans son essai publié en 1929, Virginia Woolf aborde le sujet des liens entre les femmes et le roman. (Alors ça compte, voilà.) Elle y décrit les conditions d’écriture des femmes dans le siècle passé mais aussi la place des personnages féminins dans la littérature. Si l’on empêche les femmes d’écrire en limitant leurs voyages ou même simplement leur temps de réflexion, les auteurs masculins utilisent à cœur joie des personnages féminins pour développer dans leur intrigue leur rapport aux personnages du genre opposé. Woolf recommande aux autrices de posséder leur propre chambre, pour ne pas être dérangée par leur famille dans leur réflexion et écriture.

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Les constats tirés par Woolf restent d’actualité, malgré des autrices de plus en plus présentes dans l’horizon littéraire actuel. Les femmes sont félicitées pour leur écriture féminine, et souvent l’attribution de prix à ces dernières est vu comme une grand avancée pour le « sexe faible ».

 

 

 

« The history of men’s opposition to women’s emancipation is more interesting perhaps than the story of that emancipation itself. »

Le petit bonus

Artiste engagée et féministe, Frida Kahlo peint les violences des hommes sur les femmes, l’avortement, le travestissement mais s’impose également comme une icône de mode. Dans cette biographie « textile », Rachel-Viné Krupa parcourt le fil de la vie de la peintre mexicaine, selon ses tenues vestimentaires – dessinées par Maud Guély.

Malgré sa santé fragile, Frida Kahlo lutte pour des valeurs et dépeint ces dernières dans les nombreux autoportraits qu’elle réalise. L’illustration de sa propre réalité, par exemple son travestissement et sa bisexualité, passe par ses oeuvres mais également dans la forme d’art qu’est la mode. Le vêtement, vecteur de revendication identitaire, est reproduit et analysé dans cet ouvrage, au cours des différentes parties de la vie de Frida.

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Maud Guély et Rachel Viné-Krupa, Un ruban autour d’une bombe, 2014, nada.

J’espère que ce guide de lecture vous aura plu – j’adorerais vous retrouver pour un cours de feminism 102 avec un article Lire le féminisme #2 ! Et vous, quels sont vos autrices fétiches ?

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