Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, prix Goncourt 2019

Nous l’avons appris le 4 novembre, Jean-Paul Dubois a obtenu le prix Goncourt 2019 pour son roman, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, publié aux Editions de l’Olivier en août. Contrairement à beaucoup de livres de la rentrée littéraire, sa couverture au ciel bleu parsemé de nuages, est non seulement attrayante, mais aussi apaisante. Nous l’avions lu avant sa nomination et c’est donc avec une grande joie que nous avons découvert sa victoire. Mais alors de quoi parle ce nouveau Goncourt ?

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon relate l’histoire de Paul Hansen, ancien surintendant de la résidence l’Excelsior, au Canada. Au début du roman, Paul purge une peine de prison de deux ans, pour une raison que l’auteur ne dévoilera qu’à la toute fin du roman. Le lecteur va ainsi découvrir petit à petit la vie de Paul à travers les souvenirs qu’il raconte. Par ces derniers, le protagoniste tente de comprendre ce qui l’a mené jusqu’à sa petite cellule, tout en s’évadant et en retrouvant sa liberté à travers eux. On découvre de ce fait, la mère de Paul, une française engagée tenant un petit cinéma, mariée à un pasteur danois. Des années plus tard, Paul nous raconte sa vie amoureuse avec sa compagne Winona et la vie qu’ils mènent tous deux à l’Excelsior avec leur chienne Nouk, à laquelle ils tiennent beaucoup.

Le récit se caractérise par le style littéraire de Jean-Paul Dubois, que l’on reconnaît pour son ingéniosité. En effet, l’histoire est construite en contrepoint, alternant à la fois le passé et le présent du personnage qui nous transmet ses émotions grâce à un récit à la première personne. Paul est effectivement un personnage calme de nature et va réussir à nous transmettre sa lassitude face aux évènements qui l’ont mené en prison, face à la vie et aux injustices qui la composent. Cependant, l’auteur réussit à contraster cette langueur par des moments comiques. On remarque parmi eux les moments présents que vit Paul avec son partenaire de cellule Patrick, ancien Hells Angel au langage cru, menaçant perpétuellement de « couper quelqu’un en deux ». Le contraste entre les deux personnages prête au rire entre un langage familier et une attitude violente de Patrick et le langage calme et soutenu de Paul que l’on peine à croire coupable de quoique ce soit. En tant que lecteur, on est alors amené à ressentir des émotions diverses, passant du rire à la mélancolie ainsi qu’à l’attachement aux divers personnages. Ce roman, en racontant la vie d’un homme, nous invite à une réelle introspection en passant par des thématiques familiales, mais aussi amoureuses, amicales, voire fraternelles.

Jean-Paul Dubois effectue de plus un travail remarquable sur la langue, qui permet une véritable immersion pour le lecteur.  On est donc saisi par des scènes tristes qui sont traitées de façon grotesque, permettant un détachement ainsi qu’une dédramatisation. On le voit dans les scènes du présent, dans lesquelles Paul et Patrick cohabitent, l’auteur décrit en effet avec brio la vie à deux dans une cellule avec toilettes communes notamment… Mais c’est aussi dans la scène expliquant la mort de sa mère que le grotesque entre en scène. En effet, cette mort est expliquée de façon comique, car alors qu’il devrait s’agir d’un moment triste, Dubois introduit du grotesque en faisant parler le petit-ami allemand de la mère de Paul et en imitant son accent donnant ceci : « Elle n’a ba zoufer. Zé tun zuicite ». Toujours en contrepoint, on retrouve une ironie latente, marque de fabrique de l’auteur. « Mon père et la foi. Il n’en avait jamais autant parlé que depuis qu’il l’avait perdue. ».

A travers son roman, Dubois nous invite au voyage et à la réflexion, notamment à travers les différents pays auxquels le personnage se rattache. La France, pays dans lequel il a vécu une enfance particulière entre deux parents que tout oppose. Le Danemark, pays d’origine de son père et le Canada qui se constitue comme le compromis entre ces deux pays. C’est aussi un voyage interne qu’effectue le personnage qui est en quête de liberté comme il nous l’exprime si bien : « Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s’échange contre la certitude de mourir d’ennui. ».

Ainsi, alors que le lecteur ne sait pas à quoi s’attendre au début du récit, découvrant un personnage qui ne semble pas à sa place en prison, le roman nous fait voltiger dans le ciel d’un humour innocent, contrasté par des moments profondément douloureux. De plus, il invite son lecteur à réfléchir à l’existence de plusieurs personnalités cohabitant dans un seul être. Si vous ne l’avez pas encore lu, nous invitons donc à découvrir le suspens créé par Jean-Paul Dubois sur les raisons qui peuvent mener un homme comme Paul à un point de non-retour.

Article rédigé par Anne Kielbassa, Eugénie Micheneau et Felipe Paschoal.

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