L’avis de la rédac’ : la rentrée d’automne et les prix littéraires

La rentrée d’automne

Depuis la mi-août, la rentrée littéraire d’automne se dévoile et avec l’annonce des premiers prix, les choses commencent petit à petit à se décanter nous révélant les romans marquants, les premiers romans qui créent la surprise et d’autres romans, d’auteurs déjà installés dans le paysage littéraire français, plus faibles voire décevants.

La rentrée littéraire à la Librairie Gutenberg

Pour rappel, la rentrée littéraire s’articule cette année autour de 524 romans dont 336 français et 188 étrangers. Parmi les 336 romans français, 82 représentent des premiers romans. Si la rentrée littéraire est moins importante que l’année précédente (567 romans en 2018), elle est en revanche plus dense, notamment par les thèmes qu’elle aborde.

On retrouve ainsi sur les tables des libraires beaucoup de romans « second souffle » du mouvement post #Metoo (Mazarine Pingeot, Se taire ; Karine Tuil, Les choses humaines), de romans sur les migrants (Louis Philippe Dalembert, Mur méditerranée ; Marie Darieussecq, La mer à l’envers), ou encore les grands auteurs intimistes (Lionel Duroy, Nous étions nés pour être heureux ; Sorj Chalandon, Une joie féroce ; Santiago H. Amigorena, Le ghetto intérieur). En ce qui concerne la forme prise par ces romans de la rentrée, on retrouve des uchronies/dystopies (Laurent Binet, Civilizations ; Aurélien Bellanger, Le continent de la douceur ; Léonara Miano, Rouge impératrice), des romans d’expériences, (Emma Becker, La maison), mais aussi des pures fictions (Madeleine Roy, Les tombes).

Enfin, on constate une recrudescence d’autrices pour cette rentrée mais aussi d’héroïnes, au cœur même des romans. Cette année, la femme est à l’honneur !

Les prix littéraires

La rentrée d’automne est également rythmée par la remise des « grands » prix littéraires qui débute par l’annonce du prix FNAC au mois de septembre, et atteint son apogée avec l’annonce du prix Goncourt et du prix Renaudot au début du mois de novembre. Ces deux derniers prix ont par ailleurs créé la surprise en récompensant Jean-Paul Dubois pour le prix Goncourt, véritable outsider – d’autant que la presse annonçait déjà Amélie Nothomb comme la grande lauréate – et Sylvain Tesson pour le prix Renaudot alors que celui-ci ne figurait même pas dans la sélection.

Les « grands » prix de la rentrée littéraire sont donc les suivants :

  • Bérengère Cournut, De pierre et d’os pour le prix FNAC ;
  • Laurent Binet, Civilizations pour le Grand prix du roman de l’Académie française ;
  • Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon pour le prix Goncourt ;
  • Sylvain Tesson, La panthère des neiges pour le prix Renaudot ;
  • Sylvain Prudhomme, Par les routes pour le prix Femina ;
  • Luc Lang, La tentation pour le prix Médicis.

À la suite d’une sélection de romans souvent critiquée et de nombreux rebondissements, nous sommes en droit de remettre en question la légitimité des prix, de questionner ce qu’ils récompensent et de mettre en perspective leur impact sur les ventes en librairie. Afin de m’aider à y voir plus clair, je suis allé interroger Françoise, propriétaire et libraire de la Librairie Gutenberg à Strasbourg.

L’interview libraire

Bonjour Françoise. Dis moi. Quel est ton ressenti général concernant la rentrée littéraire et l’annonce des premiers prix ?

Bonjour Lucas. Cette année, il n’y a pas vraiment de livres qui se détachent et je dirai que les surprises sont plutôt du côté des premiers romans (Martin Mongin, Francis Rissin ; Madeleine Roy, Les tombes) ce qui rejaillit sur l’annonce des premiers prix. En ce qui concerne les auteurs attendus (Sorj Chalandon, Lionel Duroy, Olivier Adam), c’est plutôt décevant !

Faute à ce manque de détachement, le Goncourt a failli être remis à Amélie Nothomb pour un livre trop léger alors qu’elle n’a pas besoin de prix pour vendre des livres. C’est un peu le même cas de figure pour Sylvain Tesson, le lauréat du Renaudot, qui ne figurait même pas parmi la sélection. Même si le livre est plutôt plaisant à lire et toujours spirituel, il ne constitue pas un grand prix – et lui non plus n’a pas besoin de prix pour vendre des livres.

Pour revenir sur le Goncourt, il a finalement été remis à Jean-Paul Dubois ce qui est, à mon avis, un bon compromis car il s’agit d’un roman très bien écrit et accessible à de nombreux lecteurs. Il reste cependant un Goncourt un peu plus faible du point de vue littéraire, surtout si on le compare au livre de Santiago H. Amigorena ou Olivier Rolin, eux aussi pressentis pour le prix.

Tu parles d’un prix récompensant une oeuvre plus ou moins littéraire. Selon toi, qu’est ce qu’un bon Goncourt ? Et que doit-il récompenser ?

À l’origine, le prix Goncourt devait récompenser un nouvel auteur (Marcel Proust), une oeuvre particulièrement remarquable (Romain Gary) ou témoigner une reconnaissance vis-à-vis d’un auteur et de l’ensemble de son oeuvre (Marguerite Duras). Je n’ai pas l’impression que cela soit toujours le cas de nos jours. Après, nous avons seulement une vision à court terme ! On ne sait pas aujourd’hui quel livre restera dans la postérité et quel autre sera oublié, ce qui a été le cas pendant tout le XXe siècle.

Pour moi, un bon Goncourt, cela représente entre 50 et 80 exemplaires vendus. J’ai battu des records avec Au revoir là-haut de Pierre Lemaître qui est pour moi l’un des meilleurs Goncourt de ces dernières années. J’ai aussi défendu Boussole de Mathias Enard. Très beau livre mais trop pointu.

Quel est ton avis, en tant que libraire, quant à la légitimité des prix aujourd’hui et leur impact sur tes ventes ?

Ça eut payé ! J’ai l’impression que l’impact des prix littéraires s’étiole au fil des années et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les prix ont toujours été un phénomène d’entre-soi, surtout celui d’un entre-soi parisien et élitiste. De moins en moins de personnes viennent me demander le Goncourt le lendemain de son annonce. Ensuite, il y a une baisse du niveau littéraire et une baisse du nombre de lecteurs.

Aujourd’hui, seuls le Goncourt et le Goncourt des lycéens ont encore un réel impact sur les ventes. Le Goncourt reste le prix que l’on offre pour les fêtes de fin d’année et le Goncourt des lycéens est apprécié des lecteurs qui le considèrent, à juste titre, souvent plus qualitatif que le Goncourt. Personnellement, j’ai anticipé les ventes cette année car c’était mon coup de cœur depuis la fin du mois d’août.

En vous souhaitant à toutes et tous de bonnes lectures !

Article rédigé par Lucas Schrub

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