« De la musique avant toute chose »

Verlaine écrivait ce vers dans son « Art poétique » en 1884, mais avant de parler de lui, prenons Orphée, le poète musicien de la mythologie grecque, celui qui charmait les êtres au cœur de la forêt. C’est un mythe, certes, mais qui finalement nous parle de la relation de toujours entre musique et poésie. Aujourd’hui de moins en moins lue et publiée, la poésie ne pourrait-elle pas trouver en la musique une alliée, capable de la remettre sur le devant de la scène ?

Retour à la Grèce antique où les aèdes récitaient les épopées d’Homère, la harpe à la main. Devant les yeux des riches seigneurs corinthiens s’élevait alors Achille, debout face aux portes de Troie, impassible sous le soleil. Des aèdes grecs au zajal libanais, des troubadours en passant par le Tohourou de Côte d’Ivoire, la poésie a toujours été intrinsèquement liée à la musique. Le chant, affaire de partage ancrée dans de nombreuses traditions, permettait et permet encore une diffusion directe des œuvres : on chante le poème, le public le reçoit et le garde avec lui. Pour les musiciens, il s’agit donc de donner à entendre les textes sans les détourner tout en restant fidèles à leur identité musicale. L’exercice est difficile, mais prisé. De nombreuses études existent sur l’habilité de la poésie à exprimer sonorités, mélodies, variations… Ce qui nous intéresse ici est ce moment d’adaptation où des musiciens s’emparent d’un poème pour le jeter sous les projecteurs. Les exemples sont innombrables, on ne donnera donc que quelques idées de chansons à écouter pour mieux saisir l’hommage aux poètes qu’elles peuvent incarner.

Première écoute : Les poèmes de Jacques Prévert en chansons, celles conçues avec le compositeur Joseph Kosma ou « Les feuilles mortes », monument interprété pour la première fois par Yves Montand en 1946 puis repris en anglais par Sinatra, Clapton ou encore Iggy Pop !

Plus récemment, dans un album intitulé « l’Or noir« aux couleurs de la négritude, Arthur H et Nicolas Repac réalisaient une bande sonore autour de poèmes d’Aimé Césaire ou d’Édouard Glissant.

Pour faire dans l’actualité brûlante, le groupe Feu ! Chatterton a sorti en mars dernier son deuxième album, « l’Oiseleur », véritable invitation au voyage où se glisse la présence amicale de poètes bien connus : Paul Éluard, Apollinaire et Aragon s’invitent ainsi au banquet des oiseaux dans les chansons « Zone libre », « Souvenir » ou « Le départ ».

Évoquons maintenant Léo Ferré et Georges Brassens, deux figures emblématiques de la chanson française. Après avoir chanté « L’affiche rouge » d’Aragon en 1961, Ferré consacra un album entier à Verlaine et Rimbaud. Brassens, quant à lui, écrivit en 1953 « La ballade des dames du temps jadis », chanson tirée du recueil « Le Testament » de François Villon. Attaché aux poètes, Brassens se défendait pourtant d’en être un lui-même dans son célèbre entretien avec Brel et Ferré en 1969 : « Je ne sais pas si je suis poète, il est possible que je le sois un petit peu, mais peu m’importe. Je mélange des paroles et de la musique et puis je les chante. ». Savant mélange alors, mélange qui donne à la poésie une autre forme, faisant de l’album une nouvelle forme de recueil. Exercice difficile qui oblige parfois à se battre pour obtenir les droits d’auteurs, comme ce fut le cas pour le groupe des Têtes Raides qui dans leur album « Corps de mots » reprenaient des textes de nombreux poètes comme Artaud, Lautréamont ou Desnos.

Les poèmes mis en chanson permettent de retrouver l’oralité première de la poésie, de mettre en valeur sa musicalité propre et de redécouvrir des poètes jusqu’alors délaissés. Aujourd’hui écrite ou revisitée pour être clamée, déclarée, chantée, une véritable  mouvance musicale se fonde sur un retour aux sources orales du genre. Mots et mélodies se répondent, se nouent pour créer de nouvelles œuvres à la croisée des influences. Les recueils relégués au fond des étagères et lentement recouverts de poussière peuvent au travers des chansons reprendre la lumière. Sans hésiter, entamons donc le voyage-hommage et partons chercher aux côtés d’Arthur H, de Nicolas Repac et de tous les autres « le sucre du mot Brésil au fond du marécage ».

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L’influence des communautés de fans sur l’expansion et la diffusion des Visual Novels en France

Étant une grande fan de jeux vidéo, j’ai décidé de vous en apprendre un peu plus sur un genre peu connu en France : le Visual Novel. Très populaire au Japon, le Visual Novel est une catégorie de jeux vidéo qui mêle la lecture à l’interactivité. Souvent constitué d’un scénario et de nombreux dialogues articulant l’intrigue, le Visual Novel est souvent construit sur la base d’images d’arrière-plan, qui changent en fonction des choix effectués par le joueur. Au premier plan apparaissent les différents personnages ainsi qu’un encadré de texte qui scénarise le jeu afin de lui donner une dynamique textuelle et visuelle. Cette catégorie, développée dans les années 1990 au Japon, tend peu à peu à s’exporter et à conquérir un public plus large, notamment grâce aux communautés de fans qui se réunissent afin de traduire les différents jeux ou de les faire connaître en France.

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Le marché du livre d’occasion 1/3: La vente de particulier à particulier

Le livre, bien qu’il soit un produit de consommation atypique, ne fait pas exception à la pratique de la revente. Que ce soit lors de brocantes, entre amis, ou depuis quelques années sur internet, les offres de livres d’occasion ont vu le nombre multiplié. Avec l’arrivée des sites marchands qui proposent des plateformes spécifiques comme les marketplaces de la Fnac et d’Amazon, la revente de livre s’est véritablement institutionnalisée. La popularisation d’internet et la crise économique ont encouragé ce type de pratique, au point que certains éditeurs s’en inquiètent. Qu’en est-il vraiment ? Le marché du livre d’occasion concurrence-t-il celui du livre neuf ?

En 2017, le ministère de la culture a commandé un rapport sur « Le marché du livre d’occasion : premiers éléments de cadrage » dont nous nous sommes largement aidé pour écrire cet article. Le marché du livre d’occasion n’étant pas réellement contrôlé, il a toujours été difficile de proposer des données chiffrées le concernant. Cette étude a donc mobilisé des outils de mesure précis : le baromètre Kantar Sofres et le panel de consommateurs sur les achats de produits culturels mis en place par GfK.

Les résultats de cette étude ont mis en lumière une pratique en légère progression, 21,5% des acheteurs de livres avaient acheté au moins un livre d’occasion au cours de l’année en 2016 contre 19% en 2014, mais non pas une explosion comme certains médias le décrivaient. Il est important de rappeler qu’il s’agit de personnes ayant acheté « au moins un livre d’occasion », cela n’empêche donc pas qu’elles aient également acheté des livres neufs. En 2016, seuls 2% des acheteurs de livres n’avaient acheté que des livres d’occasion. Cette pratique reste marginale, il s’agit davantage de pratiques cumulatives, l’achat de livres d’occasion venant compléter celui de livres neufs.

L’achat de livre d’occasion ne répond pas à la même logique d’achat que le livre neuf. En effet, un livre d’occasion sur trois résulte d’un achat prémédité. Dans les réseaux de vente en ligne, ce pourcentage grimpe à 58%, contre 12% dans les librairies. Le livre d’occasion est donc plus souvent acheté par nécessité, on peut d’ailleurs suggérer qu’il s’agit de livres indisponibles dont la seule acquisition possible est le marché de l’occasion. Hors livres scolaires, la littérature générale représente le genre de livres le plus vendus d’occasion avec près de 54% des ventes. A contrario, les genres qui se revendent le moins bien sont la bande dessinée (10%) et les livres pratiques (6%).

Concernant les prix des livres, les deux outils de mesure donnent des chiffres moyens différents mais relativement proches : 4,20€ pour Kantar et 4,50€ pour GfK. Cela représenterait environ 60% de moins que le prix moyen des livres neufs. C’est sur les marketplaces que l’on trouve les prix les plus élevés, environ 5,70€. Pourtant, entre 2014 et 2016 un livre d’occasion sur deux a été acheté sur internet. Les prix de revente dans les autres circuits (librairies, bouquinistes, brocantes) avoisineraient davantage 3€.

La prospérité du marché de livre d’occasion, même si elle reste une pratique marginale, effraie les éditeurs qui y voient une concurrence déloyale. L’ancienne ministre de la culture Aurélie Filippetti avait été questionnée sur la légalité de ce genre de pratique. Hervé Gaymard, membre du conseil d’administration des éditions Dargaud depuis 2007 définissait la situation en ces mots : « Amazon, Priceminister, la FNAC ou Ebay touchent des commissions sur chaque vente et sont soumis pour partie à la TVA. Au contraire, ceux qui ont créé et édité les livres vendus ne perçoivent aucun bénéfice de cette exploitation et voient même leur chiffre d’affaires amputé de recettes non négligeables ». Le 27 juin 2017, la charte « Prix du livre »  a été signée par le SNE, le SLF, le SDLC et plusieurs sites de revente en ligne, afin de conforter la loi de 1981 sur le prix unique du livre.

Il semblerait donc que le gouvernement se soit emparé de la question afin d’harmoniser et d’encadrer les pratiques de revente. Bien que le taux de livres d’occasion achetés en un an puisse paraître trop élevé, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une pratique complémentaire à l’achat de livres neufs. Les livres sont toujours l’un des principaux produits offerts lors des fêtes, le livre neuf a donc encore de beaux jours devant lui !

 

Sources 

Rapport sur le marché du livre d’occasion

Charte « Prix du livre » 

Citation d’Hervé Gaymard 

All hail the King!

Les années passent, le succès reste pour le maître incontesté de l’horreur. Après plus de 56 romans, 10 recueils de nouvelles, des essais, des bandes dessinées et autres, Stephen King a toujours autant d’inspiration.

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Back to school : les éditions Hatier

Vous souvenez-vous de vos manuels de collège ? Ce papier glacé, ces couvertures souples, et les commentaires laissés par d’anciens élèves dans les marges ?

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