Le marché du livre d’occasion 1/3: La vente de particulier à particulier

Le livre, bien qu’il soit un produit de consommation atypique, ne fait pas exception à la pratique de la revente. Que ce soit lors de brocantes, entre amis, ou depuis quelques années sur internet, les offres de livres d’occasion ont vu le nombre multiplié. Avec l’arrivée des sites marchands qui proposent des plateformes spécifiques comme les marketplaces de la Fnac et d’Amazon, la revente de livre s’est véritablement institutionnalisée. La popularisation d’internet et la crise économique ont encouragé ce type de pratique, au point que certains éditeurs s’en inquiètent. Qu’en est-il vraiment ? Le marché du livre d’occasion concurrence-t-il celui du livre neuf ?

En 2017, le ministère de la culture a commandé un rapport sur « Le marché du livre d’occasion : premiers éléments de cadrage » dont nous nous sommes largement aidé pour écrire cet article. Le marché du livre d’occasion n’étant pas réellement contrôlé, il a toujours été difficile de proposer des données chiffrées le concernant. Cette étude a donc mobilisé des outils de mesure précis : le baromètre Kantar Sofres et le panel de consommateurs sur les achats de produits culturels mis en place par GfK.

Les résultats de cette étude ont mis en lumière une pratique en légère progression, 21,5% des acheteurs de livres avaient acheté au moins un livre d’occasion au cours de l’année en 2016 contre 19% en 2014, mais non pas une explosion comme certains médias le décrivaient. Il est important de rappeler qu’il s’agit de personnes ayant acheté « au moins un livre d’occasion », cela n’empêche donc pas qu’elles aient également acheté des livres neufs. En 2016, seuls 2% des acheteurs de livres n’avaient acheté que des livres d’occasion. Cette pratique reste marginale, il s’agit davantage de pratiques cumulatives, l’achat de livres d’occasion venant compléter celui de livres neufs.

L’achat de livre d’occasion ne répond pas à la même logique d’achat que le livre neuf. En effet, un livre d’occasion sur trois résulte d’un achat prémédité. Dans les réseaux de vente en ligne, ce pourcentage grimpe à 58%, contre 12% dans les librairies. Le livre d’occasion est donc plus souvent acheté par nécessité, on peut d’ailleurs suggérer qu’il s’agit de livres indisponibles dont la seule acquisition possible est le marché de l’occasion. Hors livres scolaires, la littérature générale représente le genre de livres le plus vendus d’occasion avec près de 54% des ventes. A contrario, les genres qui se revendent le moins bien sont la bande dessinée (10%) et les livres pratiques (6%).

Concernant les prix des livres, les deux outils de mesure donnent des chiffres moyens différents mais relativement proches : 4,20€ pour Kantar et 4,50€ pour GfK. Cela représenterait environ 60% de moins que le prix moyen des livres neufs. C’est sur les marketplaces que l’on trouve les prix les plus élevés, environ 5,70€. Pourtant, entre 2014 et 2016 un livre d’occasion sur deux a été acheté sur internet. Les prix de revente dans les autres circuits (librairies, bouquinistes, brocantes) avoisineraient davantage 3€.

La prospérité du marché de livre d’occasion, même si elle reste une pratique marginale, effraie les éditeurs qui y voient une concurrence déloyale. L’ancienne ministre de la culture Aurélie Filippetti avait été questionnée sur la légalité de ce genre de pratique. Hervé Gaymard, membre du conseil d’administration des éditions Dargaud depuis 2007 définissait la situation en ces mots : « Amazon, Priceminister, la FNAC ou Ebay touchent des commissions sur chaque vente et sont soumis pour partie à la TVA. Au contraire, ceux qui ont créé et édité les livres vendus ne perçoivent aucun bénéfice de cette exploitation et voient même leur chiffre d’affaires amputé de recettes non négligeables ». Le 27 juin 2017, la charte « Prix du livre »  a été signée par le SNE, le SLF, le SDLC et plusieurs sites de revente en ligne, afin de conforter la loi de 1981 sur le prix unique du livre.

Il semblerait donc que le gouvernement se soit emparé de la question afin d’harmoniser et d’encadrer les pratiques de revente. Bien que le taux de livres d’occasion achetés en un an puisse paraître trop élevé, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une pratique complémentaire à l’achat de livres neufs. Les livres sont toujours l’un des principaux produits offerts lors des fêtes, le livre neuf a donc encore de beaux jours devant lui !

 

Sources 

Rapport sur le marché du livre d’occasion

Charte « Prix du livre » 

Citation d’Hervé Gaymard 

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