La création littéraire sur le web : rencontre avec Franck Queyraud, Anne Savelli et Guillaume Vissac

Pour cette troisième rencontre de l’édition de l’année, le master Métiers de l’Édition a eu la chance d’accueillir Franck Queyraud, Anne Savelli et Guillaume Vissac pour parler de la publication de Connaître et valoriser la création littéraire numérique, aux Presses universitaires de l’ENSSIB, sous la direction de Franck Queyraud. Cet ouvrage collectif sera disponible en librairie le 12 décembre 2019.

Couverture de l’ouvrage

À propos des intervenants

Franck Queyraud, bibliothécaire de formation, a exercé ce métier pendant 15 ans au sein du réseau de médiathèques de Saint-Raphaël dans le Var, années durant lesquelles il a occupé divers postes. Il devient chef de projet des médiations numériques pour les Médiathèques de Strasbourg en 2013, poste qu’il occupe toujours actuellement. Il est également auteur de deux livres : Outils du web 2.0 en bibliothèques et Outils du web participatif en bibliothèque, publiés respectivement en 2008 et 2013.

Anne Savelli et Guillaume Vissac sont deux des auteurs de ce livre collectif. On apprend à connaître Anne Savelli à travers son blog « fenêtres, open space », qui deviendra le titre de son premier roman, paru en 2007 aux éditions Le mot et le reste. Elle a exercé de nombreux métiers, tels que journaliste ou encore documentaliste, mais se consacre à l’écriture depuis une dizaine d’années, avec la publication de livres aussi bien au format papier (tels que Fenêtres open space, Franck, Décor Lafayette) qu’au format numérique (Des oloé : espaces élastiques où lire où écrire, Laisse venir, Anarmarseilles). Elle participe à de nombreuses collaborations avec d’autres artistes et a notamment contribué, en 2015, à la création du collectif d’auteurs L’AiR Nu (Littérature Radio Numérique), une radio littéraire en ligne qui propose des lectures, des interviews, des créations originales mais aussi des projets d’envergure comme La ville passagère, lancé en 2017.

Guillaume Vissac a commencé par créer des sites internet. Il publie en 2010 deux livres numériques : Qu’est-ce qu’un logement et Livre des peurs primaires. Il écrit aussi sur le réseau social Twitter Accident de personne, texte en pièces détachées qui a été publié dans une première version en 2011 puis réédité en 2018.  En 2013 paraît son premier roman Coup de tête. Il travaille dorénavant en tant que directeur éditorial depuis 2015 pour les éditions publie.net.

La genèse du projet et ses objectifs

Au départ, ce livre est né d’une envie des presses universitaires de l’ENSSIB de publier sur le livre numérique, au format e-pub ou PDF. Il a finalement été décidé, sous l’initiative de Franck Queyraud, de parler du « web littéraire », ou « Web 2.0 » (terme qui désigne la nouvelle étape d’évolution d’Internet dans les années 2000). Il s’agit notamment de montrer comment on lit, écrit et édite avec les moyens informatiques à notre disposition depuis une cinquantaine d’années, mais également d’indiquer ce que changent ces outils au quotidien dans le travail d’un auteur.

Aussi, le livre étant publié dans la collection « la boîte à outils », surtout destinée aux professionnels du métier tels que les bibliothécaires documentalistes, il s’agissait de proposer une réflexion sur la médiation d’œuvres qui n’existent pas dans les cycles de diffusion habituels.

L’apport personnel des auteurs dans l’ouvrage

C’est Anne Savelli qui commence le livre, et qui parle de son propre vécu avec l’émergence des outils informatiques. L’apparition du traitement de texte offre donc la possibilité de ne plus faire de ratures, de pouvoir insérer du texte où l’on veut, d’insérer des liens hypertextes… Pour Anne Savelli, les outils informatiques et le web ont introduit l’arborescence, un concept qui a, en quelque sorte, validé la manière non linéaire qu’elle a toujours eu de travailler. Cela a été salvateur pour elle, car cela lui a permis de comprendre qu’elle n’était pas la seule à fonctionner de cette manière. D’un autre côté, l’apparition de ces nouveaux outils s’est faite en opposition avec l’image qu’elle se faisait d’être écrivain étant enfant : ayant depuis toujours voulu exercer ce métier, elle avait pris pour modèle le célèbre écrivain de livres jeunesse Roald Dahl, écrivant dans sa cabane, la « Gipsy House », coupé du monde. Seulement, il y avait une faille dans cette projection, car elle découvrit un jour que Dahl travaillait avec son téléphone près de lui, et était donc, lui aussi, connecté.

L’expérience de Guillaume Vissac avec les outils numériques a été très différente. Dans son cas, il construisait des sites internet avant l’apparition du web dit « 2.0 », et donc avant d’écrire. Il s’est vite rendu compte que construire des sites et des fictions, des ensembles de texte donc, était une activité similaire. Dans les deux cas, des questions de navigation et d’architecture se posent : il s’agit d’aider le lecteur à se repérer et de l’inviter à continuer à lire. Il a donc commencé à écrire directement à travers des outils numériques. Un autre aspect que l’apparition de ces derniers a révolutionné, c’est la relation entre l’auteur et ses lecteurs. Auparavant, le livre était lu en version papier, un lecteur n’avait que peu de rapport avec l’auteur. Maintenant, avec l’émergence du numérique, il est possible pour les lecteurs de communiquer avec les auteurs, de réagir facilement à ce qu’ils écrivent. D’autre part, la maison d’édition publie.net, où Guillaume Vissac travaille en tant que directeur éditorial, tente de dépasser les polémiques liées au livre numérique, notamment l’idée que le livre électronique va petit à petit remplacer le livre papier, en offrant au lecteur tous les formats possibles. Lorsque l’on achète la version papier, un code à l’intérieur donne accès à la version numérique du livre : elle est l’une des rares maisons d’édition à faire cela en France.

Cependant, une certaine vision négative du livre numérique persiste : c’est une des raisons pour lesquelles ce livre a été compliqué à réaliser, nous rappelle Franck Queyraud. Il a été difficile de trouver des bibliothécaires n’ayant pas une vision non homothétique du livre, c’est-à-dire qui n’est pas une copie conforme de la version papier. L’un des enjeux aujourd’hui, qui est discuté dans Connaître et valoriser la création littéraire numérique, est de proposer des collections physiques de productions numériques. Bien sûr, des sitothèques ont été créées au sein des bibliothèques très tôt, mais n’ont malheureusement pas rencontré de succès, par manque de médiation et de besoin réel.

Anne Savelli, Guillaume Vissac et Franck Queyraud.

Écrire sur le web

Quand on publie ses écrits sur le web, le lecteur y a directement accès, démarche qui est en opposition avec la publication traditionnelle dans une maison d’édition qui prend plusieurs mois. La publication sur le web a révolutionné l’approche de l’écriture et de la réception : tout est instantané. Pour un auteur, il est important de se poser la question suivante : veut-on être lu tout de suite ? Guillaume Vissac préfère parfois attendre un mois avant de publier sur son site ; cela lui permet de revenir sur le texte.

Anne Savelli écrit sur les réseaux sociaux, Twitter notamment. Elle possède un compte avec deux autres auteurs, où elle publie sous le pseudonyme Dita Kepler, qu’elle utilise depuis dix ans. Quand on écrit sur le web, Anne Savelli pense qu’il est important de se protéger : dans son cas, en utilisant un pseudonyme, et en ne partageant rien de sa vie privée sur les réseaux sociaux, on ne sait pas qui elle est réellement.

En plus de leurs activités, Anne Savelli et Guillaume Vissac ont tous deux un blog, où ils publient régulièrement, comme un journal de bord. Presque tous les dimanches, Anne Savelli publie sur son site. Guillaume Vissac, quant à lui, tient un journal de bord sur le site de sa maison d’édition publie.net, rubrique « blog » : très régulièrement, il nous offre un regard sur son travail d’éditeur.

Garder une trace de ce qui s’écrit en ligne

Pour les livres imprimés, il y a une obligation de faire un dépôt légal à la BnF (Bibliothèque nationale de France), afin de garder une trace de tout ce qui a été publié en France. Pour un livre existant seulement au format numérique, il n’est pas obligatoire d’effectuer le dépôt légal. Pour le moment, les seuls éditeurs à le faire systématiquement sont les éditions publie.net.

Une équipe de la BnF s’occupe de compiler les sites publiant de la littérature, mais il faut garder à l’esprit qu’un site internet peut facilement disparaître. Il est également difficile de tout conserver du fait de l’évolution du web, qui fait que certains formats deviennent illisibles avec le temps.

Œuvres récentes et à paraître

Chez publie.net, le prochain ouvrage à paraître est la traduction de Poèmes de Fabrizia Ramondino par Emanuela Schiano di Pepe. Il sortira le 20 novembre 2019. Ce mois-ci est également sortie une nouvelle traduction des œuvres d’Horace, par Danielle Carlès.

Le dernier livre paru d’Anne Savelli est écrit en collaboration avec Joachim Séné, À travers champs, Editions de l’Air Nu, le 11 novembre 2019.

Pour en savoir plus

Merci à Franck Queyraud, Anne Savelli et Guillaume Vissac pour leur intervention !

Article rédigé par Myléna Champot

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