Crépuscule du tourment : un roman de l’émancipation par le mystère

Léonora Miano, récompensée par le prix Femina en 2013 pour La saison de l’ombre, met dans ce roman de la rentrée littéraire une nouvelle fois à l’honneur l’importance de l’identité africaine dans un monde européanisé.

Couverture de l'ouvrage
La couverture de l’ouvrage paru chez Grasset

La recherche de la liberté

Crépuscule du tourment est une histoire à plusieurs voix de quatre femmes d’Afrique sub-saharienne, qui gravitent autour du même homme. Il est le fils de Madame, l’ancien amant d’Amandla, le mari d’Ixora, et le frère de Tiki. Toutes s’adressent à lui, et il n’entend personne.

Chacune de ces femmes révèle, au cours de son récit, une réflexion et une sensibilité propre, en tentant de s’émanciper du carcan de la société qui les emprisonne. Au travers de leurs origines, de leur sexualité et de leurs cultures, Léonora Miano met en scène quatre récits qui se rencontrent, quatre femmes qui racontent leur monde, à la fois un reliquat de l’histoire coloniale et une construction mystérieuse et intime.

Ce roman choral est fort de cette réflexion historique, d’autant mis en valeur par une écriture poétique et travaillée, s’adaptant à chaque personnage et révélant leur personnalité autant que leur place dans la société. Construit autour des mystères de chacun des personnages, ce récit introduit des femmes qui cherchent à se construire pour enfin devenir libres.

« Être femme, c’est serrer les dents à l’intérieur, s’accrocher un sourire sur le visage. C’est endurer chaque instant. Encaisser les coups du mari. »

 

La parole des femmes

Miano consacre ce roman, que l’on pourrait qualifier de féministe, à la parole des femmes. Crépuscule du tourment est le témoignage de plusieurs voix distinctes qui s’entremêlent jusqu’à aller de concert. La voix féminine, toujours dans sa diversité, est à l’honneur – ne laissant aucune parole aux hommes du récit.

Ce monopole féminin crée un fort contraste avec l’état actuel du partage du discours entre les genres. De nombreuses études ont été effectuées sur l’interruption et la confiscation de la parole féminine : en tant d’attribut de pouvoir mais aussi d’érudition, la femme est souvent réduite au silence. Ici, la notion d’empowerment des femmes passe donc par la forme de ce roman-chorale, porteur de voix plurielles mais singulières, et toujours féminines.

Cette émancipation féministe se retrouve dans le tableau que fait le roman de la place de la femme dans la société. Madame, Amandla, Ixora et Tiki souffrent directement de la domination masculine et du fonctionnement profondément patriarcal de leur pays, permettant jusqu’aux violences physiques et morales.

Crépuscule du tourment est donc un ouvrage complexe et mystérieux, qui dépeint avec délicatesse le tableau d’une société tenant quatre femmes prisonnières. Une lecture qui va vous faire plonger dans une autre vie…

 

Rédigé par Audrey Hocheder, Célia Van Haaren et Laure Chataignon

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